Par Sois un ami – 26 janvier 2017

Diego Garcia est un atoll de l’archipel des Chagos, dans le
territoire britannique de l’océan Indien, un
territoire britannique d’outre-mer. L’île principale de l’atoll,
appelée elle aussi Diego Garcia, accueille une
base militaire britannique louée à l’armée américaine. Les
installations comprennent un aéroport, des hangars, des
locaux techniques, des habitations et autres infrastructures
civiles ainsi qu’un port en eaux profondes aménagé dans l
lagon.

Base US de Diego Garcia: la sombre histoire
dont les médias ne parlent pas

Existant depuis 1986, la base militaire de Diego Garcia dans
l’océan Indien a fait l’objet du livre «L’île de la honte» et a
été soupçonnée d’implication dans le crash du vol MH370.
Sa mise en place a été éprouvantable, notamment à cause du
peuple local, les Chagossiens. Et malgré cela, elle ne semble
pas intéresser les médias.

L’installation de la base militaire de Diego Garcia sur l’île
homonyme a été précédée par un schéma complexe: le peuple
local, les Chagossiens, en a été expulsé, donnant ainsi sa terre
natale en location aux Américains. Le bail expirant en 2016,
les Chagos espéraient regagner leur île natale mais l’accord
anglo-américain a été prorogé pour 20 ans, soit jusqu’au 30
décembre 2036.

Qui sont les Chagossiens?

Les Chagossiens ou Chagos, groupe ethnique créole originaire
de l’archipel des Chagos dans l’océan Indien, ont vécu en paix
sur l’île de Diego Garcia, un bout de terre de 30 kilomètres
carrés, pendant quelque deux siècles. Leur vie paisible a pris
fin lorsque dans les années 1960 ils en ont été expulsés par le
gouvernement britannique pour que les États-Unis puissent y
mettre en place une base militaire. Les Chagos ont été obligés
de s’installer, temporairement comme ils le croyaient, sur l’île
Maurice et aux Seychelles.

Du coup, « réclamé comme les autres îles Chagos par Maurice
depuis le 7 juillet 1980, l’atoll de Diego Garcia risque de rester
pendant longtemps encore un « super porte-avions britannique »
ancré au cœur de l’océan Indien et puissamment armé par les
Américains pour le compte de l’Occident », estime
André Oraison, professeur, juriste et politologue, membre du
Comité solidarité Chagos La Réunion.

Selon lui, la décision n’est pourtant pas une surprise. Les experts
ont toujours été convaincus que le traité anglo-américain, signé
à Londres le 30 décembre 1966, serait automatiquement
prolongé pour 20 ans. À l’époque, le bail était censé assurer la
protection des « autoroutes des hydrocarbures et des matières
premières stratégiques » traversant l’océan Afro-asiatique pour
une période de 50 ans.

Mais M. Oraison est presque le seul à aborder le dossier. Sujet
croustillant, pourtant la base de Diego Garcia n’intéresse pas le
monde médiatique. La grogne des Chagossiens ne fait pas non
plus couler beaucoup d’encre.

L’avis des Chagossiens

Une cinquantaine d’année après la signature du traité, le
gouvernement britannique a annoncé être contre le retour des
Chagossiens sur leur île natale. Sans rester les bras croisés face
à la grogne croissante, le Royaume-Uni a tenté de l’apaiser par
une somme de 40 millions de livres sterling (46 M EUR),
déboursée pour les Chagos sur une période de dix ans afin
d’améliorer leur vie en exil.
Pourtant, l’offre a été catégoriquement déclinée.

« Les 40 millions de livres sterling proposés par les
Britanniques est une atteinte aux droits fondamentaux des
Chagossiens », a fustigé le leader du Groupe Réfugiés Chagos
Olivier Bancoult.

Parmi les principales raisons du renouvèlement du bail, on
trouve la sécurité, la défense et un coût élevé du repeuplement
des Chagossiens et de leurs descendants, sur l’île de Diego
Garcia, apprend-t-on de l’Express Maurice. Ainsi, un total
de 10 000 Chagos déracinés vit actuellement à Maurice,
aux Seychelles et au Royaume-Uni.

D’après M. Oraison, c’est pour « pour la défense de leurs
intérêts » que les États-Unis et le Royaume-Uni ont jugé
nécessaire de laisser la base militaire opérationnelle dans
l’océan Indien surtout face à l’ambiance tendue dans la
région proche-orientale.

Entre-temps, les journalistes français de la chaîne France 2
ont soupçonné que l’avion disparu de la compagnie Malaysia
Airlines effectuant le vol MH370 puisse être tombé près de la
base de Diego Garcia, qui serait ainsi impliquée dans la
catastrophe. Or, les recherches ont pris fin et il y a peu à
espérer que cette théorie soit réfutée ou confirmée.

Qu’est-ce que les États-Unis ont fait sur l’île depuis 1966?

Depuis la signature du traité, les États-Unis ont investi plus de
trois milliards de dollars dans la création, la modernisation,
l’entretien et l’utilisation de la base de Diego Garcia.

Cette base est l’une des installations américaines les plus
importantes du point de vue stratégique pour les États-Unis.
Située au cœur de l’océan Indien et atteignable uniquement
par transports militaires, cette base peu connue a été engagée
dans des opérations militaires depuis l’époque de la guerre
froide jusque celle de la lutte antiterroriste d’aujourd’hui.

Le plus curieux, c’est les missions dont la base est chargée:
comme l’indique le professeur américain agrégé
d’anthropologie David Vine dans son livre
« L’île de la honte »

l’île pourrait abriter une prison top-secrète de la CIA où les
suspects de terrorisme seraient placés, interrogés et torturés.

« Crime contre l’humanité »

Quoi que soit la mission, les États-Unis et le Royaume-Uni
persistent dans leur envie de laisser la base en activité. Le
référendum sur le Brexit semble d’ailleurs avoir joué son
rôle en la matière: si initialement le Royaume-Uni n’avait
pas exclu la possibilité du retour du peuple Chagossien sur
son île natale, après le changement de gouvernement suite
au vote, tout projet a été rejeté. Du coup, la décision de
proroger le bail a été prise, malgré qu’elle ait été qualifiée
de « violation des droits humains fondamentaux ».

La grogne des Chagossiens a évolué en une manifestation,
avec Olivier Bancoult à sa tête, mais n’a pas entraîné la
révision du sujet.

Sept prix Nobel ont de plus appelé Barack Obama à rendre
justice aux Chagossiens avant son départ le 20 janvier.

En outre, le droit à la réinstallation des Chagossiens sur les
îles Chagos a été reconnu par la Haute Cour de justice de
Londres le 3 novembre 2000, rappelle M. Oraison. Le droit
a été d’ailleurs confirmé par cette même juridiction dans un
jugement du 11 mai 2006 et par la Cour d’Appel de Londres
le 23 mai 2007.

Selon l’article 7(d)
du statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI),
la « déportation ou transfert forcé de population »
est un crime contre l’humanité dans le cas où
« elle est commise dans le cadre d’une attaque systématique
contre une population civile, en connaissance de l’attaque ».

Cependant, la force juridique de la CPI n’est pas rétroactive
et les « crimes » commis avant la date du 1er juillet 2002
ne peuvent pas être jugés aux termes de cet article.
Ce crime contre l’humanité fait l’objet du film
« Une nation volée » où le journaliste australien John Pilger
a donné la parole aux Chagos. En colère, M. Pilger appelle à
mettre un terme à de telles actions de gouvernements à
l’endroit des peuples de petits pays.

Du coup, le refus britannique de reconnaître le soi-disant droit
au retour des Chagossiens est inacceptable, ce notamment au
regard des Nations unies.

Concrètement, l’article 9 de la
Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée en
1948 dispose que « nul ne peut être arbitrairement arrêté,
détenu ou exilé ».

« Nous devons rester plus que jamais mobilisés et à l’écoute
des doléances de la communauté chagossienne, une
communauté qui a été et reste, sans conteste, l’une des
premières victimes collatérales de la querelle idéologique
et politique est-ouest et plus précisément encore la victime
des desseins méphistophéliques des autorités
gouvernementales américaines et britanniques au cœur du
bassin central de l’océan Indien », résume M. Oraison.

Voir la vidéo de John Pilger sur YouTube intitulée :
John Pilger – Stealing A Nation (2004)

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