La banlieue parisienne dans l’oeil des peintres du 19ème et du 20ème

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La banlieue parisienne, telle qu’on la connaît aujourd’hui, n’a pas toujours été cet îlot résidentiel ceinturé par le périph’ et cerné par les gratte-ciels.

Jusqu’en 1880, la campagne francilienne était davantage connue pour ses paysages champêtres, ses cours d’eau, sa tranquillité.

Source inépuisable d’inspiration pour de nombreux artistes, on dispose aujourd’hui d’une multitude d’œuvres d’art s’attachant à dépeindre cette périphérie.

L’exposition “Peindre la banlieue”, inaugurée le 6 décembre dernier à l’Atelier Grognard, apporte un éclairage tout à fait pertinent à ce sujet.

On s’est rendus pour vous dans ce musée francilien, installé à deux pas de Paris, dans la commune de Rueil-Malmaison. Décryptage.

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Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Le pont sur la Seine. © Neurdein / Roger-Viollet

Jusqu’ici peu exploité par les musées, la représentation des alentours de Paris dans l’art s’inscrit pourtant très largement dans la démarche artistique des impressionnistes, post-impressionnistes et avant-gardistes, entre 1850 et 1950. À la recherche de nouveaux terrains d’expérimentation, ces artistes trouvent leur bonheur à Gennevilliers, à Meudon, à Saint-Cloud, à Argenteuil, à Poissy et autres.

Ils peuvent ici peindre en plein air, s’imprégner de la nature environnante et laisser libre cours à leur imagination. En s’extrayant ainsi de l’effervescence urbaine, ils retrouvent calme et sérénité et renoue avec leur émotions.

Une grande variété de motifs s’offrent de nouveau à eux, leur permettant d’élargir considérablement leur palette chromatique.

Avant que l’industrialisation ne vienne petit à petit consumer le paysage de banlieue, les peintres se sont longtemps appliqués à transmettre une vision positive, voire même enchanteresse, de la petite couronne dans leurs toiles.

Parmi les thèmes de prédilection d’artistes comme Gauguin, Cézanne, Manet, Corot, Daubigny, Pissarro, on trouve notamment celui de l’eau et des rives vierges, celui du chemin et de la route qui traversent le paysage, des masures rurales et des terrains agricoles, ou encore celui de l’opposition ville-campagne.

Mais, progressivement, ces artistes vont également se faire les témoins des changements introduits par la révolution industrielle et l’urbanisation.

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Henri Harpignies (1819-1916), Les Bords de Seine à Suresnes, 1882. Musée des Beaux-Arts, Bordeaux.

Face à ces évolutions, nombreux ont été les peintres qui ont préféré relayer au second plan les usines, les lignes de chemins de fer, les ponts routiers et ferroviaires, dans leurs peintures.

Peut-être par nostalgie, par idéalisme ou par peur. Certains, notamment Pissarro, Cézanne, Guillaumin, ont plutôt choisi de jouer sur le contraste par souci de réalisme, mais également pour signifier la résistance de la nature sur la modernité.

D’autres, comme Marquet et Vlaminck, ont carrément décidé de prendre le contrepied de cette irruption du monde moderne dans le paysage de la banlieue en valorisant ses bienfaits (nouveaux moyens de transports, nouveaux loisirs).

Mais, bientôt, les artistes n’ont eu d’autre choix que de dénoncer les ravages de la modernité sur la nature et sur les hommes.

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Pierre-Emmanuel Damoye (1847-1916), La Seine à Nanterre, vers 1880. Musée du Domaine Départemental de Sceaux, Sceaux.

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Alphonse Lint (1848-1900), Les Petits pêcheurs au pont de pierre de Lagny-sur-Marne, vers 1895. Musée Gatien-Bonnet, Lagny-sur-Marne.

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Maximilien Luce (1858-1941), La Seine à Issy-Les-Moulineaux, 1920. Musée Français de la Carte à Jouer, Issy-Les-Moulineaux.

Dès 1880-1890, les critiques acerbes déferlent. Les palettes chromatiques s’assombrissent et l’on ne peint presque plus que des usines dégageant des fumées noires (Gromaire, Lugnier, Delpech, Lhote), desgares lugubres (Monet), des carrières et des mines aliénantes (Dantan, Aviat, Mellé) ou des villages en berne comparables à des bidonvilles (Vauthier).

Ces peintures engagées transcrivent toute la violence, l’hostilité et la laideur de cette modernité quidénature le paysage naturel, jusqu’à l’étouffer complètement. Face à cet horizon bouché, sans échappée, l’homme est représenté comme englouti, tournant le dos.

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Jean Lugnier (1901-1969), Le canal Saint-Denis sous un ciel d’orage, 1935. Musée d’art et d’histoire, Saint-Denis.

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Louis Toffoli (1907-1999), Quai d’Ivry, 1951. Musée du Domaine Départemental de Sceaux, Sceaux.

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Jean Delpech (1916-1988), La Centrale éclectique près de la Seine, 1942. Saint-Ouen.

Avec près de 150 œuvres, accrochées de manière à la fois thématique et chronologique, l’exposition “Peindre la banlieue” nous offre donc, sur un siècle, un panorama parfaitement inédit de la diversité des représentations de la banlieue parisienne, exploitant à merveille cette dualité forte entre la nature et la modernité.

La banlieue parisienne dans l’oeil des peintres du 19ème et du 20ème

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