2016-05-19_000933

le dernier vol du « Maxime gorki »

Le 18 mais 1935, l’Agence télégraphique de l’Union Soviétique
a annoncé un accident d’avion. Il s’agissait en l’occurrence
du « Maxime Gorki », le plus grand avion du monde baptisé du
nom du grand écrivain soviétique qui s’est crashé au cours
d’un vol de démonstration au-dessus de l’aérodrome central
de Moscou.

Nikolaï Blaguine, pilote du chasseur I-5 qui accompagnait
l’avion, a été accusé de l’accident. Ayant enfreint le
règlement, celui-ci s’est mis à faire des figures
d’acrobatie aérienne mais, incapable de maîtriser son
appareil, a percuté le « Maxime Gorki ». Le pilote
crâneur est mort sur le coup en emportant avec lui
48 vies humaines.

Les causes de cette tragédie sont évidentes à première vue
sauf que la version officielle laisse un bon nombre de
lacunes.

Pourquoi Blaguine avait-il tout d’un coup décidé de faire
une manœuvre de boucle autour du « Maxime Gorki ». Pilote
expérimenté, il devait se rendre compte à quel point
c’était dangereux.

De plus, ses collègues savaient que Blaguine était un
homme à sang-froid et de bon sens qui n’avait rien d’un
« hooligan de l’air ».

Et puis, pourquoi la dépouille du pilote a-t-elle été
enterrée dans un prestigieux cimetière de Moscou avec
les restes des autres victimes du crash?

Cet honneur était généralement refusé aux criminels dans
les années 1930.

Alors que c’est-il passé en réalité?

Il faut comprendre avant tout que ce n’était pas le crash
d’un avion comme un autre mais d’un avion de ligne unique
en son genre.

Ce géant long de 33 m et haut de 11 m dont l’envergure des
ailes atteignait 63 m, était propulsé par 8 moteurs.

Et voilà que ce bel avion, symbole de l’industrie
aéronautique soviétique, s’écrase à la vue des milliers
de spectateurs.

Il fallait absolument trouver le coupable et les
responsables de l’aviation civile se sont empressés de
faire porter le chapeau au pilote Blaguine mort dans
l’accident.

D’aucuns se sont même souvenus que son père était un
noble et colonel de l’armée tsariste.

Par conséquent, raisonnaient les fonctionnaires,
Blaguine était un ennemi du pouvoir soviétique et que
son éperonnage du « Maxime Gorki » était un acte de
sabotage délibéré.

Un journal d’émigrés russes anticommunistes s’est
emparé de cette version en publiant
« la lettre d’adieu » de Nikolaï Blaguine.

Cette missive pathétique se ramenait au fait qu’il
était prêt à se sacrifier pour tuer des membres du gou
vernement soviétique qui se trouvaient à bord de l’avion.

Cette lettre était un faux grossier parce que les
passagers de l’avion étaient de simples ouvriers et
membres de leurs familles.

Tous le savaient, Blaguine y compris.

Il était de plus un communiste convaincu qui combattait
courageusement dans les rangs de l’Armée Rouge pendant
la guerre civile.

Ses collègues pilotes qui connaissaient bien Blaguine
rejetaient catégoriquement les affabulations sur
« le terroriste kamikaze » et le « hooligan de l’air ».

Ils croyaient que Blaguine faisait des acrobaties
aériennes « par ordre de quelqu’un de très haut placé ».

Pendant le vol, des cameramen tournaient pour les
actualités et le loop du petit chasseur I-5 autour de
l’avion géant aurait l’air très spectaculaire.

«Blaguine ne mettrait jamais en péril les vies des
passagers à son initiative, affirmait un de ses collègues.

– Même si la manoeuvre de boucle autour du « Maxime Gorky »
se passait bien, le pilote ayant mis en péril la vie des
gens, passerait forcément devant la justice.

Il était certain que quelqu’un lui avait garanti la
sécurité ».

Le dossier de l’accident du « Maxime Gorky » a été
déclassifié en 2010.

Les enquêteurs ont établi que peu avant le vol, le pilote
avait rencontré les cinéastes Riajski et Poulline.

Ceux-ci ont convaincu le pilote qu’il devait faire des
acrobaties aériennes à côté du « Maxime Gorky » pour le
tournage des actualités.

Le cameraman qui filmait le vol se trouvait à bord d’un
autre avion d’accompagnement.

Finalement, la course aux « images spectaculaires » a
coûté la vie à 49 personnes.

Les services spéciaux ont immédiatement saisi le film
avec les images de l’accident pour « l’enterrer » dans l
es archives.

Riajski et Poulline ont été arrêtés et condamnés à de
longues peines de prison.

Le pilote Blaguine a été finalement acquitté, sa famille
a reçu une pension conséquente et était entourée de
sollicitudes.

La justice l’a-t-elle finalement emporté ?

C’est possible mais on a du mal à croire que des clercs
obscurs des studios de cinéma aient pu convaincre le
pilote de violer grossièrement les règles du vol.

Certains experts estiment qu’il avait obéi à l’ordre
donné oralement par un responsable de l’armée de l’air.

« La manœuvre de boucle » que voulait voir le
fonctionnaire militaire anonyme est devenue fatale pour
Blaguine et les passagers du « Maxime Gorky » mais nous
ne saurons jamais le nom du véritable auteur de
l’accident.

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