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Une amie vient passer la nuit chez vous. Vers deux heures du matin, elle a une crise de somnambulisme. Elle sort de votre chambre d’invité (je n’ai pas de «chambre d’invité» non plus, mais jouons le jeu…), elle se verse un verre de Clamato Mott’s, puis elle saccage votre salon. Les yeux grand ouverts, mais profondément inconsciente, elle met le désordre partout et casse certaines de vos plus précieuses possessions.

Le lendemain, vous vous retrouvez dans le salon et vous constatez les dégâts. Votre amie ne se souvient de rien, bien sûr, mais il est clair en observant les dommages et les traces de Clamato qui mènent à sa chambre qu’elle en est à l’origine. Atterrée, elle se confond en excuses, et elle explique qu’elle n’a pas fait de crise de somnambulisme depuis 20 ans.

Comment vous sentiriez-vous, par rapport à votre amie? Si elle vous demandais de lui pardonner, en seriez-vous capable?

Je ne sais pas pour vous, mais en ce qui me concerne, je serais incapable de le faire. Oui, je serais incapable de pardonner… car il n’y aurait rien à pardonner, tout simplement. Mon amie serait responsable de ses gestes et des dommages, bien sûr – c’est indéniable. Je m’attendrais probablement à ce qu’elle rembourse la valeur des objets brisés. Mais qu’y aurait-il à pardonner, exactement? Après tout, elle était inconsciente. C’est sa faute, mais ce n’est pas sa faute, en même temps.

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Fait : tous les actes le moindrement irrespectueux ou violents sont commis dans un état d’inconscience – de somnambulisme, on pourrait dire. Si une personne en blesse une autre, c’est toujours parce qu’elle est «endormie». Elle est hypnotisée par le film dans sa tête qui lui vend l’idée que son action est justifiée.

Oh, on croit que les personnes qui nous ont fait du mal avaient le choix. Ça semble certainement être le cas. Mais la personne somnambule n’a en réalité aucune autre option – elle n’est simplement pas là. Évidemment, on pourrait dire qu’elle peut faire le choix de se réveiller… Mais comment peut-on blâmer quelqu’un d’être endormi?

Parfois, l’état de sommeil est évident – comme dans le cas d’extrémistes religieux super endoctrinés. Parfois, c’est plus subtil. La personne peut sembler très lucide, très en contrôle. Mais en réalité, la personne n’est lucide et en contrôle qu’à l’intérieur du rêve à l’intérieur duquel elle est prise. Personne n’est réellement lucide et en contrôle lorsqu’il est déconnecté du principe fondamental de son être et de la vie.

Ainsi, pardonner est très difficile – qu’on parle de se pardonner soi-même aussi bien qu’aux autres. C’est comme un faux concept, une équation insoluble. Car bien que le somnambule est fondamentalement responsable de ses gestes, il n’est véritablement coupable que d’être parti en transe. Oh, à moins qu’il revienne à lui et répare les dommages, on ne voudra probablement pas lui faire une place dans notre vie… Et même s’il se réveille, on sait que ce n’est peut-être que temporaire, donc il serait probablement sage de se protéger de futurs saccages. Mais quoi qu’on fasse, on peut tenir pour acquis qu’on a affaire à une personne endormie. Et si notre but est de trouver la paix, on n’a pas besoin de lui pardonner son geste autant qu’on a besoin de comprendre qu’elle ne l’a tout simplement pas commis.

N’est-il pas libérateur de voir les choses ainsi? Cela ne nous empêche pas de vivre toutes sortes d’émotions comme la tristesse et la colère. Mais notre cœur est tellement plus léger lorsqu’il comprend que nos blessures nous ont été infligées dans un rêve dont on ne fait même pas vraiment partie.

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