Venant d’une famille où la performance est une valeur absolue, j’ai travaillé fort pour me défaire de cette attitude qui m’a toujours semblé en être une de supériorité.

J’ai une mère orgueilleuse, dénigrant quiconque se montrant le moindrement émotif. Et une sœur qui performe dans les sports, et qui, toute ma vie, m’a lancé des messages de dénigrement. Puis il y a moi, l’artiste, bouffonne comme notre père. Aujourd’hui, je crois que cette partie de moi qui aime rire et s’entourer d’amis m’a sauvée…

Bien sûr, ma sœur et ma mère, qui ont été si impitoyables envers moi, ont aussi des qualités. Et c’est là que c’est devenu difficile pour moi. Car il y avait contradiction dans mon cœur de recevoir des messages et des attitudes de dégoût, puis de voir ces mêmes personnes poser parfois des gestes de gentillesse envers d’autres. Je me disais que je n’étais peut-être pas correcte de les trouver méchantes envers moi, et je balayais du revers de la main ces questionnements dans ma tête d’enfant, d’adolescente, de jeune adulte.

La vie a suivi son cours. Puis, il y a quelques années, je me suis retrouvée confrontée à des situations d’adversité dans ma vie professionnelle. C’était nouveau, car disons que je m’étais toujours assurée de plaire pour me faire accepter. Et ceci avait toujours fonctionné, donc l’adversité au travail était quelque chose de très nouveau et déstabilisant. On découvrait finalement qu’au fond, j’étais un être minable, comme ma mère et ma sœur m’avaient toujours fait sentir. Voilà que la petite fille profondément blessée, rabaissée, refaisait surface. Et je me suis retrouvée à me poser des questions laissées sans réponse depuis toujours. Pourquoi ce dénigrement, ce regard de dégoût?

J’ai réalisé que j’entretenais l’idée qu’au fond de moi, je n’étais pas digne d’être aimée, que j’étais un être dégoûtant. Et je me suis retrouvée incapable de balayer de la main ces messages de ma sœur et de ma mère qui ont jalonné ma vie entière. Ils m’habitaient avec, comme tourment additionnel, la honte d’avoir de telles pensées négatives. Un combat profond s’est alors amorcé en moi : j’ai commencé à lutter entre guérir mes blessures jusqu’alors non autorisées (par moi-même) et accepter le jugement que je suis au fond une personne minable. Quel combat!

Pendant cinq ans, j’ai développé un trouble anxieux, tentant tant bien que mal de retrouver le bonheur, mais toujours en me battant avec ces messages. Mais un processus graduel s’est installé, et je me suis détachée de ces femmes bourrées de contradictions. Oui, j’en suis victime. Mais non, je ne veux pas me victimiser. À la place, mon petit miracle tout simple, tout doux s’est produit… Car oui, après des séances de thérapie, plusieurs lectures, une nouvelle vie… malgré cette boue qui remontait en moi à cause du regard de dégoût reçu depuis toujours, cette boue dont je ne parvenais pas à me défaire totalement, un petit miracle s’est produit : quand je sens l’anxiété monter, je me répète tout doucement : «Je suis aimée, je suis aimable». Je ferme les yeux, je respire, puis je me redis ces mots qui me redonnent le pouvoir d’être simplement moi-même avec confiance, de m’accepter à ma plus simple expression.

Chaque jour, une montée d’anxiété se pointe pour une raison ou une autre. Chaque jour, je ressens dans mon cœur mes blessures de rejet causées par ma mère et ma sœur. Mais chaque fois, me répéter ces mots est un baume de douceur que mon cœur a tant eu besoin depuis toujours. Je ne veux pas en vouloir à ces femmes, mais je veux aussi me respecter, en ne craignant plus d’être découverte comme un être dégoûtant, car même au plus profond de moi, «je suis aimée, et je suis aimable».

M.
Gatineau, Canada

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