Stéphanie Jabre | 01/02/2016

Liban Société & Culture

SYRIE

Ils sont plus de quatre millions* de réfugiés syriens ayant fui leur terre natale vers des pays voisins, depuis le début du conflit en Syrie, il y a 5 ans. Face à ce destin tragique sans issue en vue et une crise qui s’intensifie, les enfants payent le prix.

Leurs sourires tristes cachent un regard rêveur, amer et nostalgique. Leur gorge se noue dès qu’ils racontent leur enfance, et leurs voix s’étranglent en évoquant leurs grands-parents restés en Syrie. Seule la pensée de revenir dans leur pays éclaire leur douce mine. Balancés entre des souvenirs heureux et des rêves d’espoir pour l’avenir, les enfants réfugiés syriens font de leur mieux pour survivre à leur nouvelle vie. Au Liban, parmi les 1 200 000 réfugiés, 55 % vivent dans des logements insalubres. Leur vie devient de plus en plus difficile : plus la crise dure, plus ils s’enfoncent dans des conditions désastreuses, et sont démunis. Manger, être en bonne santé et instruit n’est plus toujours
possible.

Paroles de jeunes réfugiés
Bissane, 12 ans : « Je vis au Liban depuis 3 ans avec mes parents et mes frères et soeurs. Je me suis inscrite à l’école, mais je n’ai pas autant d’amis qu’en Syrie. Je garde de beaux souvenirs de mes rencontres avec mes amies dans ma ville. J’aime beaucoup dessiner et ce que je préfère, c’est dessiner notre maison de famille et souhaiter très fort que la guerre se termine dans mon pays pour qu’on puisse y retourner. Je pense que pour sortir du conflit, les gens doivent s’aimer et s’entraider. Nous vivrons alors en paix. »

Esraa, 6 ans : « J’aimerais tant revenir dans ma ville, refaire les sorties à la plage avec mon oncle, ou les promenades et les pique-niques sous un arbre avec ma mère. Pour le moment, je vais à l’école et j’essaye de travailler de mon mieux. Quand je grandirai, je serai pédiatre pour soigner tous les enfants
malades. »

Hussein, 13 ans : « Je n’oublierai jamais le jour où je rentrais de l’école en Syrie, et que mes amis m’ont proposé de jouer au foot. Quelques minutes plus tard, des obus tombent en face de nous, près de la maison des voisins. Nous étions tous bouleversés. Je ne sais pas ce que mes amis sont devenus en Syrie. Au Liban, je n’ai pas été accepté à l’école, parce qu’il y avait déjà un grand nombre d’élèves. Donc je passe mes journées à aider mes parents et je travaille à peindre des objets, des meubles, etc. Je pense que les explosions doivent cesser et que les dirigeants doivent se réconcilier et discuter entre eux. Le dialogue pourra être la solution. »

Riham, 13 ans : « J’ai beaucoup pleuré le jour où mon école a été bombardée et entièrement détruite. Au Liban, je m’adapte depuis trois ans : j’aide ma mère, je vais à l’école, mais je ne suis pas très heureuse, parce que mon père qui a un handicap à la main a beaucoup de difficultés à trouver un emploi. J’aime beaucoup dessiner mes grands-parents qui sont restés en Syrie, cela me permet de penser à eux. Je rêve de grandir, d’être chirurgienne et de revenir en Syrie. »

Hassan, 7 ans : « Mes souvenirs heureux en Syrie sont mes sorties au manège et à la
plage, et les matchs de foot avec mes amis. J’aimerais devenir joueur de foot professionnel. Au Liban, je ne vais pas à l’école, donc je passe mon temps avec mes amis. Tout ce que je peux trouver comme solution c’est lire le Coran et beaucoup prier pour que la guerre se termine en Syrie. »

Hayat, 9 ans : « Je me souviens de notre maison de famille, de notre quartier, j’y vivais heureuse. Au Liban, je vais à l’école et j’aide ma mère à la maison. Je ne sors pas pour m’amuser, je suis enfermée presque tout le temps. Les journées sont pareilles. Je vois beaucoup de personnes souffrir autour de moi, voilà pourquoi je voudrais être médecin et aider tout le monde. Mon souhait le plus cher est que la crise se termine en Syrie, que les gens s’aiment, s’acceptent et marchent main dans la main. »

Aya, 11 ans : « Cela fait tout juste un an que nous sommes arrivés au Liban. Nous sommes parmi les derniers à être partis. Nous vivions heureux. Mais à cause des explosions et de la guerre, mon père a dit qu’il ne va pas sacrifier sa vie et voir ses enfants mourir. Donc nous avons douloureusement quitté nos grands-parents et nos proches. Ils n’arrivent pas encore à sortir du pays. J’espère qu’ils ne vont pas mourir.»

Changeons nos regards
« Être exilé de son pays et réfugié dans un pays d’accueil n’est guère une situation facile à vivre et à gérer, explique Rouba Badran, assistante sociale. Être « chassé » de son pays ou obligé de le quitter, favorise
le manque d’identité et d’appartenance chez les habitants. Adultes et enfants sont aussi marqués par des images négatives, des scènes de violence traumatisante de la guerre auxquelles ils ont assisté dans leur pays, avant de partir. À ces blessures morales, s’ajoutent celles de s’intégrer dans un nouveau milieu, une nouvelle culture, de subir le regard parfois humiliant de l’entourage et de survivre à la misère qui les gagne progressivement : ayant difficilement accès à un travail mal payé, leurs enfants quittent l’école, pour mendier ou travailler, ce qui est illégal. »
Quel rôle peut-on jouer ? Quelle attitude adopter auprès des réfugiés que l’on croise dans nos villes et nos quartiers ? « Éviter de juger les personnes et de leur coller des étiquettes, affirme Rouba Badran. Ce n’est
pas parce que ce sont des Syriens que je ne vais pas leur adresser la parole, au contraire.
Travaillons à changer nos regards, notre mentalité. Ayons le coeur et l’esprit ouverts et accueillants. Car avant d’être Syrien ou Irakien, un réfugié est avant tout un être humain. »

* Statistiques du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) publiées en juillet 2015. L’UNHCR est un programme de l’ONU qui a pour objectifs de protéger les réfugiés dans le monde, de trouver une solution durable à leurs problèmes, et de veiller à l’application de la Convention de Genève sur les réfugiés de 1951.

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