Vous êtes-vous retrouvé à dire «Plus jamais!», dernièrement?

Quand on tente de mettre fin à une habitude nocive et qu’on arrive au bout de nos forces, on peut être tenté de faire une déclaration de ce genre. Comme «Plus jamais je ne tolérerai une relation toxique!». Ou «Plus jamais je ne boirai une goutte d’alcool!». Même quand la situation n’est pas tout à fait sous notre contrôle, on tente parfois de donner des directives fermes à la vie : «Jamais je n’aurai le cancer!», ou «C’est fini, pour moi, les déceptions en série!». On se dit que si on barricade la porte, on sera protégé. Rien n’osera entrer.

Ces «plus jamais» peuvent prendre racine dans un alignement profond et être imprégnés d’une grande paix. On a eu le courage d’explorer nos zones les plus sombres, on se sent transformé, et on sait que le vieux schéma n’a plus l’emprise qu’il avait. On dit alors notre «Plus jamais» en douceur, sans point d’exclamation – non pas comme une déclaration de guerre, mais comme un joyeux constat. On est enfin libre, et tellement ravi de l’être.

C’est magnifique quand on peut avoir ce type de confiance, bien sûr. Je peux difficilement imaginer un plus bel état. Cela dit, nous savons vous et moi que la plupart de nos «plus jamais» sont ancrés dans quelque chose de très différent. Souvent, ils sont imprégnés de peur bien plus que de foi. Ce n’est pas qu’on croit en notre liberté, ou qu’on se sait prêt à la vivre… non, c’est au contraire qu’on s’attend profondément à revivre les mêmes difficultés, et qu’on tente de se convaincre haut et fort que ce ne sera jamais le cas.

Ce cri de guerre peut être très constructif… c’est un premier pas souvent nécessaire. Mais voici le problème : à long terme, cette énergie lourde et rigide peut difficilement nous mener là où l’on veut être. Comment cela pourrait-il être le cas? Vous avez sûrement remarqué que la peur agit comme une sorte de colle… Tout ce qu’on tente de contrôler sous son influence tend à rester accroché à nous, malgré notre bonne volonté. Et si on se refuse le droit de flancher, il y a une partie de nous qui n’attendra qu’une occasion de le faire. Car je peux me tromper, mais j’ai l’impression que notre être profond voudra toujours notre liberté intérieure plus que tout – encore plus que des relations saines ou que notre sobriété.

Ainsi, le plus grand cadeau qu’on puisse se faire pour être en pleine possession de nos moyens et marquer le début d’un nouveau cycle est, bien souvent, de faire paix avec toutes les possibilités – d’ouvrir les bras à tout ce qui pourrait se présenter. De se donner à l’avance la permission de flancher. Oh, il y a généralement une partie de nous qui grince des dents à l’idée d’être si «mou»… mais en réalité, cette ouverture et cette souplesse sont infiniment plus puissantes qu’une détermination toute coincée. Paradoxalement, faire la paix à l’avance avec la possibilité de tomber nous donne souvent la paire d’ailes qui nous permettra de nous envoler.

Ainsi, peut-être revivrez-vous une autre relation malsaine presque exactement comme celle que vous venez de quitter. Peut-être prendrez-vous une autre goutte d’alcool, même si vous faites tout votre possible pour que ce ne soit jamais le cas. Qui sait? Vous composerez avec ces réalités en temps et lieu, si effectivement elles se représentent. Mais pour l’instant, ancrez-vous dans vos forces plutôt que de craindre vos faiblesses. Résistez à la tentation de transformer votre belle vision en prison. Et surtout, promettez-vous de vous accueillir avec tendresse même si vous retombez dans le panneau. Car si vous voulez mon avis, vous offrir ce type d’amour inconditionnel est de loin la plus grande chose que vous puissiez réaliser. Et si vous êtes accroché à vos partenaires de vie, ou à l’alcool, ou à quoi que ce soit, c’est justement car vous en êtes affamé.

Marie-Pier Charron

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