Les lettres de noblesse de la littérature afro-américaine, 50 ans après Luther King


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CULTURE

30/08/2013

Terry McMilan.

Terry McMilan.

ÉCRITURES Quasiment ignorée avant le mouvement des droits civiques dont Martin Luther King fut, il y a un demi-siècle, la figure la plus éloquente, la littérature noire-américaine est devenue partie intégrante de l’identité culturelle américaine.

«Quand j’ai fait mes études à Stanford (Californie) en 1962, on n’étudiait pas d’écrivains noirs dans la littérature américaine, raconte Carolyn Karcher, professeur de littérature à l’Université de Temple à Philadelphie. Il n’y avait pas non plus d’étudiants ou de professeurs noirs, ou très peu.»

Un demi-siècle plus tard, une auteure comme Toni Morrison a obtenu avec Beloved le prix Pulitzer en 1988, hommage littéraire le plus prestigieux aux États-Unis, et le Nobel en 1993.

«Gagner en tant qu’Américaine est très spécial, mais gagner en tant que Noire-américaine est sensationnel », dira-t-elle en recevant son prix.

 

Des écrivains comme Alice Walker (La Couleur pourpre, 1982), Terry McMilan (Où sont les hommes ?, 1992) ou encore Zane, l’auteur de romans érotiques, sont aujourd’hui régulièrement primés ou parmi les mieux vendus dans les librairies. « Aujourd’hui il est impossible de suivre cette filière sans étudier les écrits des Afro-Américains, explique Carolyn Karcher. Le mouvement des droits civiques a stimulé les jeunes Noirs qui ont manifesté sur les campus pour que les programmes changent.» Sous l’impulsion de la poète noire Sonia Sanchez notamment, l’Université de San Francisco ouvre en 1968 le premier département de «Black Studies » qui reconnaît la littérature afro-américaine comme un genre à part entière.

Beaucoup d’écrivains noirs imprégnés, au même titre que Martin Luther King, de la longue lutte des Noirs pour l’égalité et la liberté, se sont inspirés du pasteur devenu une icône après son assassinat en 1968.

Parmi eux, l’essai The King God Didn’t Save (1970) de John A. Williams, le roman Dreamer de Charles Johnson (1998) ou encore la bande dessinées King de Ho Che Anderson. Dans Meridian (1976), Alice Walker dépeint une héroïne qui adopte les méthodes de résistance pacifique du pasteur dans un Sud en plein bouleversement au début des années 60. Le dernier chapitre intitulé « Free at last » est une allusion directe au discours « I have a dream » prononcé par King le 28 août 1963 à Washington.

Les frontières de la littérature américaine élargies

« Deux générations complètes d’écrivains ont consolidé le statut de King comme martyr, affirme Greg Carr, professeur à l’Université de Howard à Washington. Rarement critiqué, il est présenté par ses partisans comme une figure rédemptrice, un symbole de pureté et d’authenticité. » Mais il peut être également tourné en dérision par les auteurs du Black Arts Movement (1965-1974) davantage séduits par l’extrémisme de Malcom X.

« Les écrivains noirs ont joué un rôle de plus en plus important dans le débat national sur les races et la démocratie américaine », fait de son côté valoir James Miller, professeur de littérature afro-américaine du XXe siècle à l’Université George Washington.

Retour sur les années sombres de l’esclavage comme en témoignent la prolifération des romans récents sur la question, folklore, richesse des dialectes : sur les cinquante dernières années, « ils ont considérablement élargi les frontières de la littérature et de la culture américaines », poursuit-il.

La lutte pour l’égalité des races a enregistré des progrès importants, mais l’accroissement des inégalités économiques, le taux élevé de détenus noirs dans les prisons notamment montrent que les difficultés de créer une société vraiment juste persistent, affirme Carter Mathes, qui va prochainement publier un livre sur la littérature après le mouvement des droits civiques.

« Les écrivains d’aujourd’hui doivent réfléchir à ce que cela signifie d’avoir un président noir à la tête d’un pays qui se détourne de nombreux acquis du mouvement des droits

civiques. »

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