Charles Dickens (1812 – 1870) – La mauvaise conscience de l’Angleterre victorienne


 

Charles Dickens (1812 – 1870)

La mauvaise conscience de l’Angleterre victorienne

Par le livre mais aussi le théâtre et le cinéma, l’œuvre de Charles Dickens a nourri l’imagination de tous les enfants du monde. Elle témoigne des aspects les plus sombres de la révolution industrielle et du capitalisme naissant.

Charles Dickens, qui a éprouvé la dureté de la condition ouvrière, n’a eu de cesse de lutter contre les injustices. Il a perdu la santé et la vie dans ce combat mais gagné l’estime éternelle de ses concitoyens.

André Larané

Le rêve de Dickens (aquarelle inachevée de l'illustrateur Robert Buss, réalisée après 1870, musée Charles Dickens, Londres)

Une enfance torturée

Le futur romancier naît à Portsmouth, au sud de l’Angleterre, le 7 février 1812. C’est le cadet de huit enfants. Son père John, fonctionnaire au service de paie de l’Amirauté, est un homme jovial mais d’une rare imprévoyance. Quelques mois après la naissance de Charles, il est muté dans le Kent où la famille connaît quelques années de bonheur.

Tout se gâte quand Charles arrive à l’âge de dix ans. La famille déménage à Londres où le père se laisse bientôt écraser par les difficultés financières. Le petit Charles doit alors travailler dans la fabrique de cirage d’un proche de la famille. Pour quelques shillings par mois, il s’épuise à coller des étiquettes sur des boîtes.

À Londres, métropole insalubre d’un million d’habitants, aucune compassion n’est à espérer des pouvoirs publics. Incapable de rembourser la dette réclamée par un boulanger, John Dickens se voit condamner à la prison. Sa famille et lui sont incarcérés à l’exception de Charles qui continue de travailler à l’usine.

Après quelques mois d’épreuve, John est libéré et retrouve une modeste aisance. Son épouse ne veut pas pour autant perdre le salaire que lui rapporte son fils cadet et le laisse s’user au travail. Le souvenir de cette trahison maternelle hantera à jamais l’écrivain.

Enfin, son père l’arrache à l’usine et l’inscrit dans une école. Charles se jette avec passion dans les études et les lectures puis, à quinze ans, entre pour de bon dans la vie active comme clerc dans une étude d’avoué.

Conscient de ses talents d’écrivain, il commence l’année suivante à publier des articles dans les journaux politiques. Sous un pseudonyme, il publie aussi de petits récits bien enlevés dans des brochures populaires, sans cesser de se cultiver et surtout de fréquenter les théâtres, la grande passion de sa vie.

Son autre passion a nom Maria à laquelle il s’est fiancé en secret à dix-sept ans. Devenu journaliste parlementaire en 1832, il croit pouvoir faire une demande en mariage à son père, un riche banquier, mais se fait éconduire sans ménagement.

De cette jeunesse semée d’humiliations et de peines bien plus que de joies, Charles Dickens tirera plus tard la matière d’un roman largement autobiographique : David Copperfield (1849).

La revanche du romancier

En attendant, les petits récits du jeune homme ont retenu l’attention d’un éditeur. Il l’invite à prêter sa plume à un dessinateur de renom pour illustrer Les Aventures de M. Pickwick, à paraître sous forme de feuilleton. Ce genre est prisé par les journaux, en Angleterre comme en France, car il leur permet de fidéliser leurs lecteurs.

Charles Dickens à 30 ans, en 1842 (Francis Alexander, musée Charles Dickens, Londres) Avec cette publication, Dickens connaît enfin, à 24 ans, le succès et l’aisance. Il obtient la main de Catherine Hogarth, la fille de son rédacteur en chef. Le couple s’établit dans une maison confortable, au 48 Doughty Street, dans le quartier londonien de Bloomsbury. Les premiers de leurs dix enfants y verront le jour.

Dans cette maison vivent aussi deux jeunes sœurs de Catherine, Mary et Georgiana, ainsi qu’un frère de Charles. Le 6 mai 1837, c’est le drame. La jeune Mary (18 ans) s’écroule en revenant du théâtre. Elle meurt le lendemain dans les bras de Charles. Le mois suivant, une autre jeune fille de 18 ans montait sur le trône britannique sous le nom de Victoria

La famille Dickens quitte au bout de deux ans seulement la maison de Bloomsbury, laquelle est aujourd’hui un musée à la gloire de l’écrivain.

Avec son premier grand roman, Oliver Twist (1838), Charles Dickens accède au summum de la renommée et se pose en témoin des mœurs cruelles de son temps, quand des entrepreneurs avides exploitent sans scrupules les miséreux qui affluent dans les villes.

Un tailleur à Londres (gravure de Gustave Doré, 1872)

La passion du militant

Pour l’Angleterre aristocratique et puritaine, la pauvreté est synonyme de dépravation : alcoolisme, vol, ignorance… Elle doit être traitée avec fermeté. Pour cela a été votée en 1834 une loi des pauvres, «poor law», qui supprime les aides aux indigents et l’assistanat. Elle institue en contrepartie les maisons du travail, «workhouses», des établissements pénitentiaires de fait où sont relégués les vagabonds et les miséreux, l’essentiel étant qu’ils deviennent invisibles à la bonne société.

Dans Oliver Twist comme dans ses écrits suivants, Charles Dickens dénonce ces abus et la cupidité des financiers. Il apporte son soutien en 1842 à une loi qui règlemente enfin le travail de nuit des femmes et des enfants.

La même année, dans un long voyage aux États-Unis, l’écrivain se rend compte que les pauvres ne sont guère mieux traités de ce côté-là de l’Atlantique et ne se prive pas de l’écrire.

Il s’engage contre la peine de mort en 1849 et l’année suivante fonde le journal Household Words, pour la promotion de ses idées en faveur du logement ouvrier, de l’éducation populaire et de la protection de l’enfance.

Charles Dickens à la fin de sa vie (daguerréotype par Jeremiah Gurney) Bien qu’apprécié par Karl Marx et Friedrich Engels, Charles Dickens se tient éloigné de leur socialisme révolutionnaire. Il est plus proche de l’évangélisme de Léon Tolstoï et Fédor Dostoïevski. Par ses romans où la cruauté sociale est tempérée par l’appétit de vie des personnages, il se rapproche également de son contemporain Eugène Sue, auteur des Mystère de Paris (1842).

Ses dernières années sont entachées par les déboires familiaux. Sa femme Catherine, lasse d’essuyer des reproches, finit par le quitter en 1858. Il se console auprès d’une actrice mais se rend compte que son amour n’est guère partagé.

Dépité, il se jette avec frénésie dans le travail, multiplie les lectures publiques de ses œuvres et met la dernière touche à un seizième roman.

Il meurt d’épuisement le 9 juin 1870, précocement vieilli. Le peuple immense de ses lecteurs obtient de la reine Victoria qu’il soit inhumé dans le «Coin des poètes», dans l’abbaye de Westminster, au cœur de Londres.

Le coin des poètes ou Poets' Corner, dans l'abbaye de Westminster

herodote

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