Fateless » Ma Planète


Fateless

Ajouté le 01/28/2012 15:21:53 par lazar_adriana

Être sans destin

de Imre Kertész

Éditions 10/18 (novembre 2002)
Nous ne sommes pas près d’en avoir fini avec Auschwitz, Treblinka, Buchenwald et autres camps de concentration et d’extermination. Les rapports sociaux dominants sont encore saturés de barbarie. Un jour, à un autre stade d’évolution sociale, l’humanité pourra oublier tout cela. Mais pour l’heure, il nous faut lire les témoignages, les romans et les essais de ceux qui sont revenus de ces endroits-là. Pour tenter de déchiffrer l’énigme que constitue, en apparence, tout génocide, toute entreprise d’amener des hommes aux ultimes degrés de la déchéance, de la dépossession d’eux-mêmes. Lorsqu’on a déjà été confronté à la lecture de « Si c’est un homme » de Primo Levi, des « Jours de notre mort » de David Rousset ou de « L’espèce humaine » de Jean Antelme, la lecture d’« Être sans destin » d’Imre Kertész apparaît d’autant plus terrifiante. Sur le plan documentaire, on en sait déjà beaucoup. On sait l’essentiel et au-delà. Et c’est la connaissance de ces témoignages terribles par le lecteur qui va réagir avec force sur la lecture de ce livre.

Imre Kertész est un écrivain juif hongrois qui a obtenu le prix Nobel de littérature en 2002. Il fait partie des rescapés de l’horreur concentrationnaire. Il a vécu ensuite sous le régime stalinien en Hongrie jusqu’à son effondrement. Dans « Être sans destin », il raconte son arrestation, sa détention à Auschwitz, Zeitz et Buchenwald, et son retour à Budapest. C’est à la fois son histoire et celle d’un autre dont il serait très proche. Pour ce faire, il emploie des moyens littéraires qui l’apparente à Franz Kafka.

Comme dans les romans et certaines nouvelles de Kafka, un individu est placé dans une situation absurde, ignoble. L’adolescent qui s’exprime ici à la première personne a l’impression suivante : « être tombé soudain au beau milieu d’une pièce de théâtre insensée où je ne connaissais pas très bien mon rôle. » (page 81). Il est étonné par chaque circonstance et il fait mine de convenir que « cela n’a rien d’extraordinaire, à bien y réfléchir… ». Tout sera donc traité avec une politesse glacée, un pseudo-conformisme, engendrant une forme d’humour impitoyable. Sans relâche, de la première à la dernière page, chaque fait sera placé sous le regard attentif, incrédule et d’une lucidité féroce de cet adolescent. Cette approche distanciée conduit à détruire toutes « les valeurs » qui sont chères à certains, la religion, le patriotisme, la croyance que «  » l’opinion mondiale  » était bouleversée par ce qui nous arrivait », les efforts pour « se conduire dignement face aux autorités ». Toutes les tentatives diverses pour chercher un sens ou une rationalité aux faits et gestes sont réduites à néant et s’insèrent, comme les pièces d’un puzzle, dans un dispositif cohérent, celui qui conduit tout un chacun à Auschwitz, en quelque sorte sans encombre. Au terme du voyage, les « inaptes au travail » iront à la douche comme tout le monde, avec des consignes précises et un morceau de savon,« sauf qu’on ne leur a pas envoyé de l’eau mais du gaz ».

Une fois dans l’enfer du camp, tous les déportés en sont réduits, quels que soient leur personnalité, leur âge, leur expérience, leur degré d’espoir ou de désespoir, à tâcher « seulement d’être de bons détenus ». Imre Kertész barre la route violemment à toutes les tentatives d’aborder l’univers concentrationnaire avec de la « compassion », de la « compréhension », de « l’indignation » et autres « bons sentiments » trop faciles pour être honnêtes. Après ce défi lancé par l’écrivain, le travail de réflexion en profondeur peut commencer et c’est à chacun de l’accomplir.
Le 7 mai 2003

Samuel Holder

 

 

 

Le film,,Fateless« est fait apres le livre,,Etre sans destin »de Imre Kertesz


L’horreur d’un camp de concentration
vue par un jeune garçon

Synopsis: Hongrie, 1944 : Gyuri (Marcell Nagy), jeune garçon juif âgé de 14 ans, est enlevé dans le bus qui le mène au travail, et emmené dans un camp de concentration. Il passe de Buchenwald à Auschwitz-Birkenau, puis est ramené à Buchenwald. Après la libération, il retourne en 1945 dans la Budapest d’après-guerre, mais tout a changé

Critique : Fateless est le premier film de Lajos Koltani, chef opérateur passé à la réalisation. Koltani travaille depuis plus de 23 ans avec Istvan Szabo, le réalisateur hongrois le plus connu au monde. Le tournage de leur prochain film intitulé Being Juliacommencera dans quelques semaines en Allemagne. Koltai a beaucoup appris de l’approche à la fois sensible et efficace adoptée par Szabo pour traiter les thèmes historiques.Fateless, roman écrit par Imre Kertész, qui a été récompensé par le prix Nobel de littérature pour cet ouvrage, sert de trame au scénario écrit par Kertész, lui-même un survivant de l’Holocauste.

Koltani a confié la caméra à Gyula Pados ; il a tourné son film en couleurs sépia, et donne naissance, sur une musique d’Ennio Morricone (!), à des images éblouissantes, voire lyriques. Les camps de concentration n’ont jamais été beaux comme celui-là : et d’ailleurs, est-ce que les camps de concentration peuvent être beaux ? Koltani fait former un carré par des centaines de prisonniers : une lumière dirigée vient de gauche, tandis que les contours sont estompés sur la droite. Koltani montre que le temps passe : la lumière du jour s’assombrit, et la clarté augmente au petit matin. Koltani nous montre une perspective aérienne des prisonniers dans leurs uniformes rayés, et parcourt lentement les rangées. L’un des détenus, tout à fait sur la droite, tombe ; il s’écroule et perturbe l’ordre. Cela semble drôle, et un spectateur dans la salle réservée à la presse rit. Brièvement, bien sûr, car nous sommes en train d’assister à la projection d’un film sur l’Holocauste, et l’on ne rit pas dans de telles circonstances.

Ce film aborde également la question des relations avec les personnes non concernées par l’Holocauste, après la libération des camps de concentration. Ces passages du film sont particulièrement réussis, et montrent quelque chose rarement montré jusqu’à présent. Gyuri ne peut plus établir de communication normale avec les personnes qu’il connaissait autrefois. Des membres de sa famille lui posent des questions sur «l ’enfer » du camp. « Ce n’était pas un enfer », répond-il. Ils veulent le convaincre qu’il n’a que 15 ans, et qu’il a l’avenir devant lui. Mais Gyuri sait qu’il a surtout « un passé ». Il ne sait pas non plus s’il est juif, car il « ne sait même pas s’il existe. »

Ce qui différencie Koltani d’un grand nombre de réalisateurs qui ont montré de façon explicite les horreurs et les crimes des Nazis, comme The Grey Zone ou La chute, c’est que les scènes d’horreur du film se limitent au quotidien du jeune garçon dans le camp. Un garçon qui a le même âge que lui meurt dans le lit d’à côté. Gyuri s’en rend compte, mais il ne dit rien aux gardiens pendant plusieurs jours, ce qui lui permet de manger les maigres rations du mort.

Nana A.T. Rebhan

 

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=zNXeqQvKzgI]

Mots-clés: ADRIANA Art

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s