Jeanne d’Arc repassera-t-elle à gauche ? – Le Point


 

L’historien Olivier Bouzy revient sur le symbole de la Pucelle d’Orléans, en France et à l’étranger.

Milla Jovovitch dans le "Jeanne d'Arc" de Luc Besson (1999).

Milla Jovovitch dans le « Jeanne d’Arc » de Luc Besson (1999).©Gaumont

Propos recueillis par Marion Cocquet

600 anniversaires, et une portée polémique intacte. Jeanne d’Arc, égérie du Front national, Jeanne d’Arc à qui Nicolas Sarkozy rendait vendredi hommage dans sa ville natale de Domrémy, a pu être tour à tour, au gré des époques et selon les pays, le symbole de la royauté, de la nation, de la résistance ou du féminisme. L’historien Olivier Bouzy, directeur adjoint du Centre Jeanne d’Arc à Orléans et co-auteur de Jeanne d’Arc, histoire et dictionnaire (Robert Laffont), répond aux questions du Point.fr

Le Point.fr : Quand Jeanne d’Arc prend-elle le statut d’emblème ?

Olivier Bouzy : Dès sa réhabilitation en 1456, elle est employée par les historiographes royaux français comme un symbole de l’amour particulier de Dieu pour le royaume de France. Cette utilisation dure jusque vers 1750, et même plus tard, puisqu’on la retrouve à la Restauration, sous Louis XVIII qui fera d’ailleurs acheter et restaurer sa maison natale à Domrémy. En 1750, l’idée du roi se dissocie de celle de la nation, que Jeanne d’Arc va symboliser : elle devient alors, et plus encore sous la plume des historiens de la IIIe République, une héroïne du peuple.

Apparaît-elle à cette même époque dans la culture populaire, ou y existait-elle plus tôt ?

Il est difficile de le savoir précisément. On connaît l’existence de pièces populaires, de pantomimes anciennes qui racontent son histoire, on sait aussi qu’il y avait des célébrations annuelles de la levée du siège d’Orléans et que son souvenir était conservé depuis le XVe siècle à Domrémy : en son nom Charles VII avait accordé au village des exemptions d’impôt, qui étaient régulièrement réactualisées. Mais c’est au cours du XIXe siècle qu’elle devient vraiment une figure populaire, représentée par des statues sur les places des villages et dans les églises – notamment à partir de 1870 et jusqu’à 1918 avec la procédure de canonisation dont elle est l’objet, et l’idée concomitante d’une reconquête de l’Alsace-Lorraine. Cet aspect revanchard et nationaliste s’affaiblit en 1920, mais il reste porté par la droite française jusqu’en 1945 : sous le régime de Vichy, Jeanne d’Arc devient une alternative à Marianne. À la Libération, elle est récupérée par le Parti et les intellectuels communistes.

Comme symbole de la Résistance ?

Oui : elle est la petite fille du peuple qui défend la mère patrie à la place de la noblesse héréditaire incapable. Après la mort de Maurice Thorez, en 1962, il y a une dizaine d’années de flou. Réapparaissent alors – comme aujourd’hui d’ailleurs – les théories « bâtardisantes » (elle aurait été la fille cachée du roi) et « survivistes » (elle ne serait pas morte sur le bûcher), qui manifestent surtout, à mon sens, une méfiance envers les élites intellectuelles et le pouvoir. De nos jours encore ces théoriciens avancent pour argument le fait qu’il existe des mensonges d’État.

Aujourd’hui, où en est-on ?

Il me semble qu’après les années 80-90, où Jeanne d’Arc a été récupérée par les catholiques d’une part, par le Front national d’autre part, nous sommes de nouveau dans une période de flottement. Elle est moins clairement une figure de la droite – le film de Luc Besson a d’ailleurs, je crois, contribué à en faire de nouveau un personnage populaire – et il existe une forte défiance à l’égard du pouvoir, ce qui contribue à ressusciter de nouveau les théories « bâtardisantes » et « survivistes ». Il existe par ailleurs depuis une quinzaine d’années une nouvelle école historique qui travaille sur le personnage, avec la collaboration d’historiens français, anglo-saxons, allemands, italiens… Le symbole a été alternativement de droite et de gauche, et il n’est pas exclu qu’on le voie de nouveau à l’avenir basculer d’un côté à l’autre.

Jeanne d’Arc est une figure populaire à l’étranger, comment son image s’est-elle diffusée ?

En 1800, alors que les Français ont envahi l’Allemagne, Friedrich Schiller écrit une pièce, Die Jungfrau von Orléans, qui est à la fois un manifeste du romantisme allemand et un appel à la résistance. Lorsque Jeanne d’Arc entre sur scène, elle dit, en substance : « Unissons-nous pour chasser l’envahisseur. » La pièce passe ensuite en Italie, où Verdi la met en scène : de même que Schiller avait expliqué aux censeurs qu’elle honorait une figure française, de même Verdi peut-il dire alors qu’il ne fait que rendre hommage au poète allemand. Elle arrive ensuite en Russie, avec un opéra de Tchaïkovski notamment et la littérature qui l’accompagne, puis dans les pays de langue anglo-saxonne. Mark Twain lui consacre un roman, le cinéma prend ensuite la relève.

Dans ces pays, comment est-elle perçue ?

On n’y comprend ni l’engouement du Front national pour elle ni la détestation dont elle est l’objet en tant qu’égérie du FN. Dans certains pays, on met en valeur son statut de sainte catholique, ce qui est très peu le cas en France ; dans beaucoup d’autres, elle symbolise surtout le combat féministe.

Existe-t-il une tradition de récupération féministe de Jeanne d’Arc ?

Oui, mais en France elle n’a existé qu’au XVIIe siècle, lors de ce qu’on a appelé la « Querelle des femmes ». À cette époque, les droits d’autonomie qu’avaient les femmes au Moyen Âge sont remis en cause : on voit se durcir le droit romain, qui renforce la figure du pater familias. Pour protester contre ce changement, des auteurs de l’époque, femmes ou hommes, citent en exemple Jeanne d’Arc comme la preuve, connue de tous et irréfutable, de ce que les femmes peuvent faire aussi bien, sinon mieux, que les hommes. Cette utilisation disparaît par la suite complètement en France. Mais elle est encore d’actualité au Canada, aux États-Unis, et de façon très nette au Japon. Chaque pays a par ailleurs sa vision à lui du personnage. Pour les Japonais, ainsi, Jeanne d’Arc se rapproche de la figure du samouraï, qui préfère brûler vif que voir terni l’honneur de son seigneur…

Auteur : samychaiban

Licencié ès lettres modernes de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III, je donne des leçons particulières en langue et littérature françaises, je prépare au Bac français et je compose des notes de recherches ou des memoires pour les étudiants des Universités francophones. Contactez-moi au 96170928822 ou au 9614923322 Né le 26 octobre 1947 , à Beyrouth ( Liban ) , j’ai passé ma jeunesse au Sénégal où j’ai vécu de 1951 à 1962.J’y ai fait mes études primaires et complémentaires chez les Pères Maristes à Hann ( Dakar ).Doté de mon BEPC en 1962, je suis retourné au Liban avec mes parents.J’ai fait mes études secondaires chez les Frères Maristes à Jounieh puis à Champville et ma Terminale A au Lycée Franco-Libanais à Beyrouth.J’ai eu ma « Licence ès lettres modernes » de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III.J’ai enseigné la langue et la littérature françaises de 1962 à 2006,dans différents établissements scolaires tout en ayant comme point d’attache « Saint Joseph School »,Cornet Chahwan. J’ai pris ma retraite en 2006 pour des raisons personnelles. Je suis marié et père de famille.Je suis poète à mes moments perdus,romantique et fidèle à mes amitiés.Je suis AMOUREUX FOU DU LIBAN .

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