Nadine Labaki: “On parlera d’industrie du cinéma arabe quand nos films s’exporteront” « Le Phénix Blanc


30 décembre 2011

 

 

Nadine Labaki: "On parlera d'industrie du cinéma arabe quand nos films s'exporteront"

En deux films –Caramel, Et maintenant on va où ? – La Libanaise Nadine Labaki est devenue l’étendard d’une création arabe appréciée de Cannes à Beyrouth. Exception ? Elle répond.

Quel regard portez-vous sur la situation du cinéma arabe ?

Nadine Labaki : Je suis très optimiste. Les metteurs en scène sont bourrés d’idées à transmettre, de messages à délivrer. Faute de structures adéquates, on manque tous d’expérience et on apprend sur le tas. Et puis l’histoire du cinéma arabe n’est pas aussi prestigieuse que celle qu’ont connue la France ou l’Italie. On manque de références. N’empêche : il y a de plus en plus de jeunes cinéastes, un très bon signe pour l’avenir.

Vous vous parlez entre vous?

NL : Il n’existe pas vraiment de communauté de réalisateurs, mais j’en fréquente quelques-uns. On discute et on réfléchit aux possibilités de s’entraider, mais il est difficile de rassembler tout le monde. On parlera d’industrie du cinéma arabe quand nos films s’exporteront tous. C’est à ce moment seulement que les investissements extérieurs augmenteront et que notre filmographie s’étoffera. Car il ne faut pas se leurrer: quasiment tous nos longs-métrages ont une assise financière européenne.

Curieusement, ces longs-métrages ne circulent pas d’un pays à l’autre. Par exemple, au Liban, combien sort-il de films du Moyen-Orient chaque année ?

NL : Deux ou trois, pas plus. Les autres sont disponibles en DVD pirates, un fléau incontrôlable qui nuit à la bonne exploitation des oeuvres.

Cette non-circulation des oeuvres entre pays est surtout due à un manque de structures de distribution. Et peut-être aussi à cause de la censure, non ?

NL : Non, car si un film est diffusé en Tunisie ou au Maroc, il peut l’être en Algérie ou au Liban. Il n’y a pas de différence fondamentale sur les sujets qui fâchent. La censure pèse encore beaucoup sur les projets, mais, dans mon cas par exemple, cela a été une expérience positive. J’ ai expliqué le scénario au comité de censure, l’ai informé des propos autour de la religion que mes personnages tiendraient, et ses membres ont saisi l’état d’esprit. Ce qu’ils craignent absolument, c’est tout ce qui peut attiser les haines ou l’incompréhension. Sur Et maintenant on va où ?, ils n’ont rien coupé, rien censuré. Maintenant, je sais que d’autres n’ont pas cette chance et sont interdits d’écran. Cela a forcément une influence sur les scénaristes, qui hésitent à traiter les problèmes religieux justement.

Du coup, Et maintenant on va où ? va être distribué un peu partout ?

NL : Pas un peu partout, mais partout ! Il sort actuellement en Jordanie, en Syrie, en Egypte, en Algérie, en Tunisie, au Maroc… Mais c’est une exception. Le film est passé par le Festival de Cannes, a marché en France et demeure le plus gros succès au box-office libanais pour un film arabe. On s’approche des 300 000 spectateurs -pour vous donner une idée, le record toutes catégories confondues est détenu par Titanic avec 400 000 entrées.

Comment votre film, où les femmes tiennent tête aux hommes et les manipulent afin qu’ils ne se battent pas, est-il reçu par les hommes ?

NL : Très bien. On ne prône pas un passage de pouvoir aux femmes, mais un ras-le-bol des conflits perpétuels. Apparemment, je ne suis pas la seule à le ressentir. C’est un défouloir pour tout le monde. Le sujet dépasse le clivage hommes-femmes.

Donc, les hommes entendent ce que vous avez à dire ?

NL : Cela dépend du milieu dont ils sont issus. Le monde arabe est composé de beaucoup de sociétés très complexes, où les variables sont multiples: l’éducation, l’économie, la religion… Le regard, l’approche et la qualité d’écoute fluctuent selon l’état d’esprit.

Quelles influences les révolutions tunisienne, égyptienne et syrienne auront sur le cinéma arabe ?

NL : C’est un peu tôt pour le dire. Pour l’instant, on est plutôt dans un statu quo. En Egypte, qui représente une des plus grosses productions de films au monde, on fonctionne actuellement au ralenti, proche de l’arrêt même. En Tunisie, on ne tourne carrément plus. Ou alors pour mettre en boîte des documentaires, témoignages réalisés dans l’urgence. Il y aura certainement, dans un avenir proche, des fictions autour de ces événements. Ce serait même sain. On ne peut rester de simples observateurs. Le rôle du cinéaste est de faire de la politique à sa manière : en tournant des films. Mais, pour cela, il est nécessaire de prendre du recul afin de mettre en scène des histoires accessibles à tous les publics, d’où qu’ils soient. Et je suis certaine qu’on y arrivera.

Zoom sur quelques chefs-d’oeuvre

  • Gare centrale, de Youssef Chahine (1958)

    Un vendeur de journaux infirme et un peu simple se consume d’amour pour une vendeuse de sodas. Il en deviendra fou. Un drame, donc. Mais parsemé d’humour et du génie de Chahine, également comédien.

  • Chronique des années de braise, de Mohammed Lakhdar-Hamina (1975)

    Impressionnante fresque sur l’histoire de l’Algérie, de 1939 à 1954. Palme d’or à Cannes en 1975.

  • Omar Gatlato, de Merzak Allouache (1976)

    A Bal-el-Oued (Algérie), un doux rêveur et beau parleur, recueille par hasard les confidences d’une jeune femme. Le premier film à traiter du quotidien de la jeunesse algérienne.

  • Noce en Galilée, de Michel Khleifi (1987)

    Le temps d’un mariage, les soldats israéliens interrompent un couvre-feu et participent même à la fête palestinienne. Le film qui inspire encore les cinéastes palestiniens.

  • La Citadelle, de Mohammed Chouikh (1988)

    Vingt-quatre heures dans la vie d’un berger amoureux et humilié par des villageois. Edifiante dénonciation du machisme et du mépris.

  • Intervention divine, d’Elia Suleiman (2002)

    Il est à Jérusalem, elle est à Ramallah, et ils ne peuvent s’aimer que sur le parking d’un check point. C’est drôle, poétique et profond. Prix du jury à Cannes en 2002.

  • Mascarades, de Lyes Salem (2007)

    Lassé que le village se moque de sa soeur narcoleptique, le fanfaron lui unvente un futur mari milliardaire. Une coproduction franco-algérienne qui révèle un acteur réalisateur plein de pêche et de promesses.

Source : L’Express

Auteur : samychaiban

Licencié ès lettres modernes de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III, je donne des leçons particulières en langue et littérature françaises, je prépare au Bac français et je compose des notes de recherches ou des memoires pour les étudiants des Universités francophones. Contactez-moi au 96170928822 ou au 9614923322 Né le 26 octobre 1947 , à Beyrouth ( Liban ) , j’ai passé ma jeunesse au Sénégal où j’ai vécu de 1951 à 1962.J’y ai fait mes études primaires et complémentaires chez les Pères Maristes à Hann ( Dakar ).Doté de mon BEPC en 1962, je suis retourné au Liban avec mes parents.J’ai fait mes études secondaires chez les Frères Maristes à Jounieh puis à Champville et ma Terminale A au Lycée Franco-Libanais à Beyrouth.J’ai eu ma « Licence ès lettres modernes » de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III.J’ai enseigné la langue et la littérature françaises de 1962 à 2006,dans différents établissements scolaires tout en ayant comme point d’attache « Saint Joseph School »,Cornet Chahwan. J’ai pris ma retraite en 2006 pour des raisons personnelles. Je suis marié et père de famille.Je suis poète à mes moments perdus,romantique et fidèle à mes amitiés.Je suis AMOUREUX FOU DU LIBAN .

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