L’amour immobile – Chapitre 2 – (3)


 

L’amour immobile – Chapitre 2 – (3)

by petale

Puis-je encore continuer ce récit ? Je poste encore celui-ci et puis je mettrai la suite l’année prochaine, sauf demande expresse 🙂

L’amour immobile – Chapitre 2 – (3)

Elle demanda confirmation pour la ligne de bus. Les maisons étaient identiques à celles de la ville d’où elle avait pris le train. Un fleuve sillonnait cette grande cité où sa grand-mère était née. Le hasard pensait-elle, le hasard. Même la statue d’un homme célèbre de sa famille se trouvait dans cette ville. Un inventeur célèbre. Elle ne savait pas où sa grand-mère avait habité, ni où, dont elle imaginait en voyant depuis le bus défiler les maisons le long des quais du fleuve.

Là sa bonne-maman avait peut être habitée ?  Que là remontait ses origines, que là encore devait se trouver cette grande maison commerçante. Elle détaillait l’architecture à son avis assez quelconque de ce qu’elle découvrait. Mais elle se trouvait hors du centre, s’en éloignait et entrait dans une sorte de banlieue extérieure. Elle descendit du bus.

Mimi lui avait donné l’adresse qu’elle avait regardée sur Internet. Pas très loin de cet arrêt, un vieil immeuble à appartement multiples. Quelques verdures par ci par là. Elle avait repéré une boulangerie et n’arriverait pas les mains vides. Quelques sucreries, un gâteau. Elle serait là pour 11 heures comme prévu. Trois heures de trajet en tout. Et son retour prévu pour 17 heures.

Elle se trouva bientôt au pied de l’immeuble. Quelques individus étranges discutaient dans l’entrée, mais elle n’était pas de nature à avoir peur. Rien de pire ne pouvait lui arriver eu égard avec ce qu’elle avait vécu en étant jeune. Alors à partir de cette expérience, elle se sentait plus forte. Elle dit bonjour en passant, alla vers l’ascenseur. Son coeur battait très fort, et sincèrement elle se demandait qui elle allait voir ? Enfin !

A l’étage où elle devait se trouver, un grand couloir comme dans un hôpital. Elle vit quelques portes brunes ouvertes avec des lits comme dans un tel établissement. Des extincteurs. Elle découvrait. A gauche de cet ascenseur elle arrivait et toqua à la porte.

– Entrez dit une voix métallique.

Elle ouvrit la porte et tourna la tête légèrement sur la droite. Et là gisait l’homme qu’elle aimait. Elle s’arrêta net en pensant : Mon dieu ! Elle déglutit, essaya de se dominer. Elle se savait sensible, mais n’avait pas été préparée à tout cela. Il fallait qu’elle donne le change, il fallait qu’il ne s’aperçoive de rien, il fallait surtout sourire, et penser à cet amour qu’elle avait dans le coeur. Cela seul comptait.

Il avait menti, et rapidement elle comprit tellement pourquoi. Il n’était pas tel qu’elle se l’était imaginé, lui, ayant eu le soin de dissimuler qu’il avait un physique non pas rébarbatif, mais différent. C’est à dire quoi de plus normal qu’être en surpoids lorsqu’on reste ainsi allongé depuis d’aussi nombreuses années ? Tous ses tuyaux reliés à cette machine qu’elle ne voulu pas trop regarder. Il était complètement couché à plat, et su bien plus tard pourquoi. Complètement paralysé par suite de son embolie pulmonaire, il avait d’après ce qu’il disait, fort heureusement gardé toutes les fonctions de son cerveau. Il pouvait tourner la tête, et bouger qu’un seul bras le gauche. C’était tout. cet ensemble enfin visualisé l’impressionnait. En tant que fille d’infirmière, elle n’aurait jamais pu faire ce métier. A la vue d’une simple goutte de sang lorsqu’elle était petite, elle tournait quasiment de l’oeil. Trop de sensibilité.

Combien elle regrettait qu’il n’ait pas abordé ce sujet, elle aurait pu s’y préparer, mais il n’avait pas su et elle comprenait. Là elle se sentait prise de cours, et toutes ses pensées fusaient de toutes part, à la vitesse grand V. Elle se mit à lui sourire espérant être convaincante. Elle ne devait pas s’obliger,  juste ingurgiter les informations qu’elle n’avait pas eues.

Je l’aime se dit-elle, je dois pouvoir accepter tout cela, m’habituer. Et là elle fit les premiers pas vers lui, un grand sourire aux lèvres. Elle s’approcha de lui.

– Bonjour Mimi dit elle d’une voix qu’elle cru la plus claire possible, s’approcha de son lit, se pencha et l’embrassa sur la bouche. Un baiser tendre, amoureux, léger. Elle posa sa main sur son bras. Il était habillé d’un T-shirt. Un grand drap recouvrait son corps tout en longueur, et puis le bruit de l’appareil qui aspirait et lui donnait la vie, c’est à dire l’oxygène nécessaire.

Elle pensa qu’elle aurait le temps bien plus tard d’examiner tout cela, en fit abstraction et se concentra sur ses yeux. Les seuls qui lui disaient tout cet amour qu’il avait dans son coeur et qu’elle voyait en cet ultime minute. Regard intense chargé de tout ce qu’elle pouvait voir là dans des yeux qu’elle découvrait et qu’elle dévorait. Elle regardait son visage sans rides aucune, visage de poupon, si jeune alors qu’il avait la quarantaine bien sonnée, un grand sourire vers elle. Et là en cet instant de leurs regards soudés l’un à l’autre, ils essayaient de trouver ce fil qu’ils avaient tissé durant toutes les semaines écoulées.

Au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, Maddy reprenait ses esprits, espérait, sensible comme il l’était, qu’il n’avait pas vu son trouble intérieur et l’aurait peut être mal interprété. Elle était là debout à côté de lui, le papa dont elle avait fait la connaissance en rentrant légèrement en retrait, spectateur. De quoi ? se dit-elle.

Elle prit une chaise comme à l’hôpital, sauf qu’elle se trouvait dans un appartement qu’elle commença petit à petit à détailler.

Après quelques échanges banals sur le trajet, et avoir vidé le sac de toutes les victuailles qu’elle avait apportées, elle s’était assise et ensuite commença à échanger avec Mimi le plus naturellement du monde. Elle le regardait encore et encore et pensa qu’elle devrait juste s’habituer.

Qu’il était bon enfin de mettre un visage, même le sien sur une voix de cet homme qu’elle aimait. Elle se posa la question si son amour était bien là, un peu comme lorsqu’on cherche quelque chose qu’on a l’impression d’avoir perdu. Mais non elle se rassurait, son coeur et son amour étaient intacts, elle le ressentait. Les minutes s’écoulaient ainsi. Elle à l’écoute de son coeur et de ses sentiments, peur de les perdre aussi. Tellement peur. Elle lui en voulu un peu de cette épreuve là, de ne pas avoir osé tout dire sur lui. Mais elle ne dit rien, elle n’avait aucun droit, et surtout pas celui-là. Elle avait juste le droit de se laisser aller à cet amour intact, de le lui offrir comme cela pour le moment. Elle ne vivait qu’au présent, rien d’autre à dire, à expliquer, dans le ici et maintenant. Rien d’autre. Pas de plus tard. Elle aurait ensuite tout le temps de repasser le film de cette journée au retour dans le train. Des pensées emmêlées, confuses fusaient dans sa tête pendant qu’elle échangeait avec Mimi. Elle commença à sourire. La vie était belle, elle se trouvait près de la seule personne qui comptait pour elle.

Mimi lui avait dit en rentrant :- Comme tu es belle ! C’était flatteur et agréable à entendre, elle n’y croyait pas une seconde. Mais cela elle n’y croirait jamais. La personne qui finirait pas lui faire comprendre cela n’était pas encore née. Il lui dit aussi combien il avait été impatient, il lui parla de ses peurs, de ce qu’elle penserait de lui. Il devenait intarissable. Elle était toute ouïe ! Elle avalait ses paroles, et n’entendait même plus ce son étrange qui sortait de sa trachée. Il faisait partie intégrante de lui maintenant, de sa personnalité. Elle pourrait le visualiser en lui téléphonant.

Le papa de Mimi avait préparé un repas tout simple. Avant qu’ils ne se mettent à table, il donna à manger à son fils. Maddy les regardait. Père et fils en symbiose. Elle observait la scène qui se déroulait devant elle et vit une telle complicité. Depuis son amour, elle entendit une petite voix qui lui dit que dans ce cocon là, il n’y avait pas de place pour un autre amour. Mais aussitôt elle rejeta cette pensée.

Le repas du midi fut sinistre en face à face avec le papa. Très peu de paroles échangées. Apparemment il n’avait pas envie de lui parler de quoi que ce soit. Ils s’en tinrent donc aux formules habituelles de politesses sur les considérations du repas.

Pour un premier contact avec cet homme là, elle ressentait que c’était raté. Tant pis se dit-elle. C’est normal, il doit être timide, et puis elle pensait effectivement qu’elle arrivait ainsi dans la vie de Mimi, comme cela.

Une femme en bonne santé qui s’intéresse et est amoureuse d’un handicapé, peut être que cela devait lui paraître étrange ? C’était la question qu’elle se posait.

Ils ne se cachaient pas, se tenant pas la main tout l’après-midi et parlant ainsi, enfin, de choses et d’autres. Les heures s’écoulèrent ainsi très vite.

17 heures se pointa rapidement et le moment de s’en aller.

Ils avaient fait connaissance. Ils en étaient heureux. Au moment de partir, il lui demanda :

– Tu me donnes un vrai baiser ?

– Papa est là, cela ne fait rien ?

Maddy souriait de cette situation quelque peu grotesque où deux adultes, c’est à dire eux, se demandaient s’ils ne dérangeaient pas, alors que Mimi était chez lui. Avec son esprit de dérision et son humour quelque peu décalé, Maddy s’arrangeait ainsi avec elle-même. C’est grâce à cela qu’elle avait pu dans la vie survivre à bien des situations et rester forte.

Elle ne savait pas, et l’avenir le dirait, vers quoi elle marchait.Elle était bien loin de se douter.

Elle se pencha et doucement posa ses lèvres sur celles de Mimi. Il écarta les siennes et leurs langues se mêlèrent tendrement, amoureusement, un baiser sans fin. Le premier.

Elle reprit son train et pensa tout le long du trajet à cette belle journée, quelque peu assombrie par des sentiments contradictoires quant au papa, à son accueil. Elle ressentait comme un malaise. Et comme elle avait raison, la suite des évènements allaient confirmer les quelques pensées qui l’avaient effleurées mais qu’elle avait rejetées.

… à suivre….

Hotmail – samichaiban@hotmail.com

Auteur : samychaiban

Licencié ès lettres modernes de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III, je donne des leçons particulières en langue et littérature françaises, je prépare au Bac français et je compose des notes de recherches ou des memoires pour les étudiants des Universités francophones. Contactez-moi au 96170928822 ou au 9614923322 Né le 26 octobre 1947 , à Beyrouth ( Liban ) , j’ai passé ma jeunesse au Sénégal où j’ai vécu de 1951 à 1962.J’y ai fait mes études primaires et complémentaires chez les Pères Maristes à Hann ( Dakar ).Doté de mon BEPC en 1962, je suis retourné au Liban avec mes parents.J’ai fait mes études secondaires chez les Frères Maristes à Jounieh puis à Champville et ma Terminale A au Lycée Franco-Libanais à Beyrouth.J’ai eu ma « Licence ès lettres modernes » de « l’Ecole Supérieure des Lettres de Beyrouth » , faculté française dont les diplômes sont dispensés par l’Université Lyon III.J’ai enseigné la langue et la littérature françaises de 1962 à 2006,dans différents établissements scolaires tout en ayant comme point d’attache « Saint Joseph School »,Cornet Chahwan. J’ai pris ma retraite en 2006 pour des raisons personnelles. Je suis marié et père de famille.Je suis poète à mes moments perdus,romantique et fidèle à mes amitiés.Je suis AMOUREUX FOU DU LIBAN .

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