Pensée du mardi 4 octobre 2011.


« L’enfant qui apprend à lire doit commencer par bien identifier
les lettres de l’alphabet. Peu à peu, il devient capable de les
reconnaître dans les mots qu’il rencontre, jusqu’au jour où il
arrive à lire des phrases entières. De même, au cours de
l’Initiation, le disciple passe par de nombreuses phases au cours
desquelles il voit se dessiner et s’assembler les lettres du
grand livre cosmique qui sont les éléments de la création.
Quand, au début de son Évangile, saint Jean écrit : « Au
commencement était le Verbe et le Verbe était avec Dieu et le
Verbe était Dieu. Tout ce qui a été fait a été fait par Lui… »,
cela signifie qu’au commencement tous les principes de l’alphabet
divin sont entrés en action : à tous les étages de la création,
et jusque dans le plan physique, ils ont reproduit à l’identique
les structures qu’ils avaient d’abord créées en haut. Tout ce qui
existe dans le plan physique peut être considéré comme des mots,
des phrases, des poèmes formés à partir des différents éléments
du Verbe. »

Omraam Mikhaël Aïvanhov

Pourquoi on envoie des photos de nous à poil? | Slate


Il n’y a pas que les ados et les femmes qui pratiquent le «sexting», et ce n’est pas A CAUSE d’Internet et des films pornos que cela se développe.

«Seize the day», Mosaïque de 912 photos uploadées de ratemyrack.com. FLickr lice

– «Seize the day», Mosaïque de 912 photos uploadées de ratemyrack.com. FLickr lice –

 

 

Attention, cet article contient des images pouvant heurter la sensibilité de certaines personnes et certains liens renvoient à des pages de sites interdits aux mineurs.

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Je dis nous, mais évidemment, jamais ni vous digne lecteur de Slate ni moi, ne nous laisserions aller à une pratique aussi vile. Mais bon, soyons fou, imaginons une seconde que ce soit le cas.

Il y a trois ans, les médias horrifiés découvraient la pratique dite du «sexting» qui consiste à envoyer à son partenaire de jeu sexuel des images de soi érotiques voire carrément pornographiques. Mais le phénomène n’était traité que sous un seul angle: celui des jeunes et des turpitudes de leurs mœurs sexuelles. C’était le signe indubitable que nos adolescents avaient été pervertis par le porno et l’Internet. On a eu droit à nombre de papiers sur leur perte de la notion d’intimité.

Non seulement ces petits cochons se vautraient dans le stupre mais en prime, ils ne se rendaient pas compte du danger qui les menaçait –les photos atterrissant en deux clics sur des sites pornos une fois que Léa avait largué Julien qui y trouvait une vengeance facile.

Le sexting est-il vraiment le propre de l’ado?

En fait, non. Pour s’en convaincre, il suffit d’aller sur les sites dédiés à ces photos et constater que Caroline, la mère de Léa, s’y trouve également dans des postures dignes d’une production porno d’Europe de l’Est. Autre indice: le nombre de stars qui ont vu leurs photos à poil fuiter sur le web. Evidemment, en France, on se souvient tous du Laure-Manaudou-Gate. Mais aux Etats-Unis, elles sont encore plus nombreuses, de Rihanna à plus récemment Scarlett Johansson. L’occasion de découvrir que sur ce point, les stars sont comme nous. Elles font de mauvaises photos avec leur téléphone portable dans leur salle de bain.

Si les jeunes filles en fleurs envoient des photos nichons à l’air (et il ne fait aucun doute que la Albertine de Proust aurait été la première à se plonger dans ce vice si elle avait pu) pour autant, le phénomène n’est pas circonscrit à une classe d’âge. Il ne faut donc pas l’expliquer sous l’angle d’une sexualité naissante qui se cherche encore. On peut avoir dix ans de pratique du sexe et jouer au sexting. Parce qu’il s’agit avant tout d’un jeu érotique, un peu à la manière du strip-tease, un moyen de faire monter la tension sexuelle, de se rendre désirable.

Le sexting est-il le propre de la femme?

Autre idée fausse. Signe de l’évolution des mœurs, de plus en plus de garçons pratiquent le sexting, exhibant fièrement leur sexe turgescent devant l’écran du téléphone portable. Là encore, il suffit de voir les photos de Kanye West. (Attention, ce lien est hautement nsfw.)

En juin dernier, c’était carrément Anthony Weiner (47 ans), espoir du parti démocrate américain et membre du Congrès qui, à la suite d’une mégarde, postait en public sur Twitter une sexpic de son pénis au lieu de l’envoyer en privé à une étudiante qu’il draguait. Ou quand le sexting croisé avec la twitpic brise une carrière.

Version «safe for work»:

Biggovernment.com/REUTERS

Le sexting n’est donc ni l’apanage des ados, ni celui des femmes. Et sa démocratisation est assez signifiante. Le fait qu’il soit pratiqué par des hommes dans le cadre de relation hétérosexuelle est le dernier signe d’une érotisation du corps masculin. La vue du pénis est perçue comme objet de désir, apte à exciter celle qui reçoit la photo.

Le fait que le sexting devienne mixte vient aussi sans doute d’une volonté de réciprocité. Quand un homme demande à une femme une photo d’elle nue, elle acceptera plus facilement à condition d’obtenir l’équivalent, ce qui a l’immense avantage d’offrir une sécurité. Tu as un dossier sur moi mais n’oublie pas que j’ai le même…

Le sexting est toujours expliqué par la corrélation entre deux causes: l’industrie pornographique et l’accès à Internet. Il serait donc circonscrit à l’époque moderne.

Le sexting est-il propre à notre époque?

A l’annonce de la mort d’Elizabeth Taylor, on a découvert une photo d’elle nue. Pas une photo prise par nécessité économique, comme celles de Marilyn Monroe. En 1956, Elizabeth Taylor a 24 ans, et déjà deux mariages et deux enfants. Elle s’apprête à divorcer de Michael Wilding pour épouser Michael Todd. Elle va alors poser chez un ami photographe pour offrir cette photo d’elle nue à son nouvel amant —qui mourra 13 mois plus tard dans un accident d’avion.

Malgré un décor légèrement plus classe, sur le principe, Elisabeth Taylor avait donc fait du sexting. Or Elisabeth Taylor n’était pas une mineure inondée de films pornos à cause du dangereux monstre de l’Internet.

Mais on peut remonter bien plus loin pour démontrer que l’idée selon laquelle le sexting serait un signe de la sur-sexualisation de notre société dégénérée est historiquement fausse. En réalité, on retrouve cette pratique tout au long de l’histoire de l’art.

Nombre de tableaux ne sont que du sexting qui ne dit pas encore son nom. Les hommes riches commandaient à des peintres des tableaux de leurs maîtresses nues. Ainsi de la Maja nue peinte par Goya, qui représente la maîtresse du commanditaire du tableau. (Tableau en deux volets, puisqu’il existe une maja vêtue et une maja nue, l’une ayant servi à masquer l’autre par un système de poulies qui renforçait l’effet érotique du dévoilement du corps).

La Maja vêtue, La Maja nue, musée du Prado.

Louis Ulbach a même écrit une nouvelle sur le sujet en 1886. Un mari accroche dans son salon un tableau de sa maîtresse à poil mais qui peut passer pour une Madeleine au désert. Sa femme est ravie par cette inspiration pieuse jusqu’au jour où elle découvre le pot aux roses et fait remplacer le tableau par celui d’un jeune homme nu qu’elle présente comme un saint Jean-Baptiste. Pour Ulbach, il s’agissait déjà de dénoncer les mœurs dissolues de son époque et la perte de la notion d’intimité.

Le sexting va donc du portrait nue de Madame de Maintenon peint par son amant supposé Louis de Mornay (par la suite, devenue une fervente chrétienne, elle tenta de faire disparaître le tableau avant son mariage secret avec Louis XIV. Comme quoi se débarrasser de ses sexpics n’est pas une problématique moderne)…

… aux photos à poils de Simone de Beauvoir prises par son amant Nelson Algren, qui se retrouve en une du Nouvel Obs (comme quoi il n’y a pas que sur les sites pornos qu’on retrouve des sexpics):

… pour arriver à celles de Blake Lively:

Ce qui est nouveau donc, ce n’est pas d’accepter de filer des images de soi à poil. En réalité, ce qui a changé, c’est d’une part, avec les outils technologiques, la démocratisation du phénomène à toutes les couches sociales. De l’autre, que les hommes s’y soient également mis. Hommes et femmes, jeunes ou moins jeunes, la question n’est plus seulement d’offrir son corps mais sa représentation –comme le faisaient auparavant les maîtresses.

Là où l’épouse légitime offrait sa virginité, la maîtresse était investie du rôle érotique et jouait la catin. Avec la démocratisation de la sexpic, on devient tous les catins les uns des autres. Parce que les sexpics relèvent du jeu sexuel. Envoyer une photo de soi nu, c’est à la fois accorder un pouvoir à l’autre (pouvoir de divulgation des clichés) soit une des bases psychologiques de la sexualité. Et en même temps, promettre une folle partie de jambes en l’air –je ne suis pas pudique, regarde jusqu’où je peux aller ->donc je suis super libéré, tu vas kiffer.

Titiou Lecoq

Nota Bene:Les codes du sexting. On notera que les photos de sexting modernes dans leur mise en scène –salle de bain, miroir qui permet de montrer ses fesses et de photographier tout de même son visage (comme l’ont bien compris Scarlett Johansson et Blake Lively)– ressemblent à des réminiscences du thème pictural de la Toilette de Vénus.

La Vénus ici par Rubens

Evidemment, je n’irai pas jusqu’à dire que Scarlett Johansson a tenté de rendre hommage à une scène picturale classique depuis sa salle de bain. Disons simplement que les problèmes de perspectives de l’image érotique n’ont finalement pas changé et que le moment de la toilette reste perçu comme un instant voluptueux.

T.L.

Est-on obligé de se marier sous le portrait de Nicolas Sarkozy? | Slate


Peut-on, comme l’humoriste Stéphane Guillon, refuser de s’unir devant la photo du président de la République?

Le portrait officiel de Nicolas Sarkozy, prise le 21 mai 2007. REUTERS/Philippe Warrin/Handout

– Le portrait officiel de Nicolas Sarkozy, prise le 21 mai 2007. REUTERS/Philippe Warrin/Handout –

 

 

L’humoriste Stéphane Guillon a refusé de se marier devant le portrait de Nicolas Sarkozysamedi 24 septembre, collant sur le visage du Président une photographie deFrançois Hollande. Le maire de ville d’Avray a dénoncé ce geste –qui a valu à l’humoriste «un ferme rappel à l’ordre de l’officier d’état civil chargé de célébrer la cérémonie» qui a fait référence à Marianne et aux principes républicains– et assure que «la photo de Nicolas Sarkozy était présente au moment où le mariage a été célébré».Que l’on soit Stéphane Guillon ou pas, a-t-on le droit de ne pas se marier devant le portrait présidentiel? Un maire peut-il refuser de diriger la cérémonie si les futurs époux exigent de ne pas la célébrer avec Nicolas Sarkozy?

Il est (presque toujours) obligatoire de se marier à la mairie pour la cérémonie civile, mais les mairies ne sont pas obligées par la loi d’accueillir le portrait officiel du président, ni dans leur salle de mariage, ni ailleurs.

Une coutume, pas une obligation

«Aucun texte de nature législative ou réglementaire ne prescrit l’utilisation des symboles républicains […] dans les bâtiments publics», expliquait déjà le secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux collectivités locales à un député en 2010. Autrement dit, votre mairie peut très bien n’arborer ni drapeau bleu-blanc-rouge, ni buste de Marianne, ni «Liberté, Egalité, Fraternité» sur ou dans son enceinte.

La Constitution précise bien que l’emblème national est le drapeau tricolore, et la devise de la République «Liberté, Egalité, Fraternité», mais sans qu’en découle une quelconque obligation. Comme le concluait le secrétaire d’Etat, l’usage de ces symboles repose sur une coutume.

Ainsi après l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007, le maire de Houdain n’a pas accroché le portrait du chef de l’Etat dans son hôtel de ville (sans que ses élus ne s’en aperçoivent jusqu’à ce qu’il leur en fasse part lors de ses vœux à la population de 2010!). Soucieux de montrer son attachement à la République autrement, il a fait inscrire la devise républicaine sur le fronton.

D’ailleurs, le ministère de l’Intérieur, interrogé par le Figaro-TV Magazine, a confirmé que «le mariage [de Stéphane Guillon] ne peut pas être invalidé à cause du retrait de la photo officielle du président de la République d’une mairie».

Excès de pouvoir

Stéphane Guillon n’est pas le premier à ne pas vouloir de Nicolas Sarkozy à son mariage: à Bauvin, le maire a déplacé en 2010 le portrait présidentiel dans un couloir à l’entrée de la salle de mariages, après que trois couples ont demandé s’ils pouvaient se marier sans. L’édile a expliqué pouvoir remettre le cadre à sa place si un couple le lui demande, et a indiqué avoir déjà refusé d’autres demandes qu’il jugeait «provocantes», comme passer la version Gainsbourg de La Marseillaise ou retourner le portrait présidentiel contre le mur.

Supposons que vous exigiez de vous marier sans le portrait du président de la République, et que le maire refuse de l’enlever (il devra justifier son refus). En théorie, si vous avez des convictions politiques très fortes sur le sujet (et que vous ne craignez pas de vous mettre vos invités à dos), vous pouvez quitter l’hôtel de ville et déposer un recours pour excès de pouvoir. Il n’est pas sûr que le juge administratif vous donne raison, mais vous avez le droit de contester cette décision du maire.

Le plus simple est d’envoyer une lettre au maire, lui rappelant que tel jour à telle heure vous vouliez vous marier sans le président de la République et qu’il a refusé de retirer son portrait, puis d’attendre que le maire réponde avec ses motifs de refus.

Quand vous recevez sa lettre, ou s’il ne répond pas au bout de deux mois, vous avez deux mois pour saisir le tribunal administratif et former votre recours, en expliquant pourquoi, d’après vous, ses motifs de refus ne tiennent pas (par exemple, arguer que la loi exige que l’on se marie sous la photographie du président serait une erreur de droit ou une erreur manifeste d’appréciation).

Cécile Dehesdin

L’explication remercie maître Patricia Poidevin et maître Muriel Bodin, avocates en droit administratif.

Ma tête est un jardin de fleurs » Ma Planète


Ajouté le 09/20/2011 20:15:40 par lullaby

Ma tête est un jardin de fleurs

Bien oui! Ma tête est un jardin à parcourir pour y découvrir les plus belles fleurs qui sont:

l’Espérance, le Positivisme et l’Ouverture d’esprit…

Je dois prendre un soin jaloux de ce jardin car, si je le laisse à l’abandon, bien vite les mauvaises herbes viendront y prendre pension!

Il en est de même pour la maison qui m’abrite… Si je prends le temps à chaque jour, d’y accomplir quelques tâches, rien ne pourra l’envahir! Ma maison est à l’image de mon intérieur. Claire et ordonnée ou sombre et désordonnée… Comment alors faire la paix avec moi-même si le lieu où je vis est laissé à l’abandon?

Aujourd’hui, je commence à faire reluire mon âme en même temps que mes fenêtres… puis j’arracherai les mauvaises herbes du « négatif » en même temps que je ferai la chasse à la poussière…

Il en est de même avec les personnes qui cherchent à nous envahir… Qui de nous n’a pas déjà croiser une personne indiscrète ou une autre qui prend un malin plaisir à semer le doute en nous? Vite, il faut s’éloigner, reprendre SA PROPRE VIE en mains et surtout ÊTRE SOI-MÊME!

Aujourd’hui, rien que pour cet Aujourd’hui, je prends le temps d’aérer mes idées, de cueillir les fleurs de la BONTÉ et de jeter un regard nouveau à l’horizon de mon paysage intérieur pour RECONQUÉRIR ma JOIE DE VIVRE…

Jovette Mimeault

Mots-clés: Reflexion

Facebook au cœur de la contestation sénégalaise | Slate Afrique


Au Sénégal, le célèbre réseau social n’est plus seulement une fenêtre pour se faire voir. Il est devenu un moyen de subversion.

dislike button, by Sean MacEntee via Flickr CC

 

A chaque époque ses moyens techniques qui accompagnent les révolutions. Au début des années 80, l’apparition du magnétoscope, du minitel ou encore du câble ont été salués comme la culture à la portée de tous. Aujourd’hui, c’est la puissance des réseaux sociaux comme Facebook, Twitter ou encore YouTube qui est mis à contribution.

Décrié par certains, du fait qu’il donne une porte ouverte sur la vie privée de ses utilisateurs, Facebook s’est trouvé un nouveau rôle au Sénégal. Le réseau social le plus populaire au monde a révolutionné le quotidien des habitants de ce pays d’Afrique de l’Ouest en devenant un espace d’affrontements idéologiques. Ils sont des milliers à y exprimer ouvertement leur mécontentement face aux dérives du pouvoir. Une colère qui grossit chaque jour un peu plus.

«Contrewade», qui rassemble près d’une quinzaine de groupes, a été lancé sur la Toile en juin 2011. Grâce au réseau, la nouvelle coalition, née de la journée de manifestations du 23 juin, entend peser de tout son poids sur le destin du pays.

Les groupes, «Y’en a marre», «Deloci goor» (Retour à la dignité), Les «Enchaînés de la République», «Y’en a marre des députés de Wade», «Wade dégage», «Socialisme République Sénégal», «Doyna Seuk» (Ça suffit), «Réhabilitons notre Sénégal», «Non à la manipulation de la Constitution pour un 3e mandat de Wade», «Non à la candidature anticonstitutionnelle de Wade en 2012», «Touche pas à ma Constitution», «Action générale Wade dégage», ou encore «Révolution sénégalaise» totalisent plus de 70.000 membres sur les 4,4 millions de Sénégalais inscrits sur Facebook.

Tous échangent, protestent et organisent des événements pour plancher sur des actions concrètes à dérouler pour «sauver le pays» de ce que l’on appelle la «dévolution monarchique du pouvoir».

Manifestations du 23 juin: Facebook met le feu aux poudres

Un soulèvement populaire était impensable avant la révolte du 23 juin 2011. Pour la première fois au Sénégal, une manifestation citoyenne prenait une telle envergure. Des milliers de jeunes avaient pris d’assaut les rues de la ville, et même au-delà, pour protester contre le projet de ticket présidentiel d’Abdoulaye Wade, qui élirait le chef de l’Etat avec 25% des voix au premier tour du scrutin.

Une quatorzième modification constitutionnelle en dix années d’alternance. Le tripatouillage de trop. Les Sénégalais appellent sur la Toile à l’insurrection. Très vite, la révolte commence à s’organiser sur Facebook et il s’y développe un sentiment d’appartenance commun.

Le groupe «Mettre la pression aux députés» fait circuler des menaces et promet de brûler les maisons de ces derniers, qu’il considère comme les «complices des ruses de Wade». D’autres, encore plus radicaux, décident simplement de barrer la route aux députés pour accéder à l’hémicycle. Ils appellent à la manifestation devant la place Soweto, au centre de l’avenue de l’Assemblée nationale.

Le groupe «Tous devant l’Assemblée nationale» compte près de 580 membres aux premières heures de sa création. Une audience massive est très vite rassemblée grâce au réseau social et à travers les SMS échangés. Au matin du 23 juin, l’appel à la manifestation se transforme en révolte populaire. Des émeutes éclatent à travers tout le pays. Wade débordé, retire son projet de loi.

Une tonalité antisystème

Dès lors, la jeunesse engagée de Dakar ne cessera plus d’user de cet espace, où la censure à très peu prise, pour se faire entendre. Pour la journée de manifestations du 23 septembre, les groupes de pression incitent de nouveau à protester pour obtenir l’invalidation d’une troisième candidature du chef de l’Etat.

«Sortez en masse pour répondre à l’appel de la Patrie pour empêcher la candidature de Wade qui a déjà corrompu les juges du conseil constitutionnel avec nos milliards et notre patrimoine foncier. De source sûre, ils ont promis à Wade de faire valider sa candidature», a posté un dissident qui se fait appeler «Libérer Sénégal».

«Wade dégage!» et «Libérez le pays» sont les principaux messages qu’on peut lire sur le mur de la page du groupe Action générale Wade dégage. Les dernières révélations de WikiLeaks qui mettent en cause Karim Wade, le fils du président, et les déclarations fracassantes de Robert Bourgi font encore monter la mayonnaise.

«Onze années de trafic de drogue, de scandales financiers, de blanchiment d’argent, d’assassinats d’honnêtes hommes, de sacrifices d’entreprises nationales, d’augmentation du taux de chômage. Alors que souhaitez-vous? L‘enfer ou le retour à une vie plus stable? A chaque Sénégalais de juger, de choisir son destin. Quand le feu éclatera au Sénégal nous périrons tous. Même si nous ne vivons pas au Sénégal, nos familles qui y sont comptent aussi», alerte un internaute.

D’autres, plus virulents, accusent Viviane Wade, la Première dame du Sénégal d’être au centre de toutes les manigances qui se trament au sein de la République. Certains n’hésitent pas à proférer des menaces: «Wade et sa famille ont bouffé notre argent et ils paieront». On présente le chef de l’Etat comme un «vieux fou, paranoïaque» et on ne manque pas de l’insulter. «Assassin, dictateur, anti-démocratique». Les dissidents, qui prétendent ne pas être encartés, ne font pas dans la demi-mesure

Mais le pouvoir n’est pas la seule cible des Sénégalais mécontents. C’est le bilan de cinquante années de vie politique qui est remis en cause. Plus qu’un régime particulier, c’est la manière de faire de la politique au Sénégal que ces révolutionnaires en ligne contestent.

Lala Ndiaye

 

Iran, le pasteur qui préfère la pendaison au reniement – Le Point


Comme Néron sous l’Antiquité, avec les premiers martyrs chrétiens, les séides du Premier ministre iranien Ahmadinejad veulent contraindre un pasteur à renier sa foi pour échapper à la peine de mort.

Youcef Nadarkhani, 34 ans, deux enfants, était pasteur depuis dix ans, dans la région de Gilan, à 250 kilomètres de Téhéran. Jusqu’en 2009, cet homme de Dieu, appartenant à l’Église évangélique, exerçait à peu près librement son ministère dans ce pays de 68 millions d’habitants, dont 99 % de la population est musulmane. 300 000 chrétiens vivent pourtant en Iran, dont beaucoup d’Arméniens et quelques milliers d’Iraniens de souche, comme le pasteur Nadarkhani. C’est bien là où le bât blesse.

En 2009, le gouvernement iranien décide que tous les élèves scolarisés doivent suivre l’enseignement coranique. Y compris les enfants des familles chrétiennes. Youcef Nadarkhani se rend alors à l’école de la ville de Rasht où étaient scolarisés ses fils Daniel, neuf ans, et Yoel, sept ans, pour les en retirer en se basant sur la Constitution de la République islamique iranienne de 1979 qui reconnaît la liberté de culte à toutes les religions du Livre. Et donc aux chrétiens. En théorie du moins. Car le pasteur est arrêté le soir même par la police secrète. Il comparaît une première fois le 12 octobre 2009 devant une sorte de tribunal mi-politique, mi-confessionnel. On l’accuse d’apostasie. On lui reproche, à lui qui est chrétien, d’avoir abjuré l’islam.

Mobilisation internationale

Emprisonné dans la ville de Lakan, placé en cellule d’isolement pendant de longs mois, Nadarkhani est sommé de revenir à la religion du Prophète sous peine de mort, car en Iran l’apostasie est un crime puni de la peine capitale. Le pasteur a beau expliquer qu’il n’a rien renié, puisqu’il n’a jamais été musulman de sa vie, on cherche par tous les moyens à le faire plier. Y compris en lui administrant des sédatifs à haute dose pour casser sa volonté. Faute d’y parvenir, on s’attaque à sa famille. Sa femme est arrêtée, jugée sommairement, sans même l’assistance d’un avocat, et condamnée à la prison à vie, comme complice de son mari. Pourtant, même dans ce pays où les règles élémentaires des droits de l’homme sont bien souvent bafouées, il existe encore des espaces dans lesquels survit une petite flamme de justice. Ainsi, un avocat, Mohamed Ali Dadkhah, parvient en appel à faire libérer la femme du pasteur. Et pour Nadarkhani lui-même, il réussit à démonter, devant cette même cour d’appel, le principal argument de l’accusation consistant à dire que jusqu’à l’âge de 15 ans le pasteur était musulman, alors qu’il n’a, en réalité, jamais été un fidèle de l’islam.

Mais la République islamique et ses ayatollahs ne baissent pas les bras si facilement : les autorités religieuses font appel du jugement devant la troisième chambre de la Cour suprême de Qum. Le verdict rendu le 25 septembre dernier par cette instance est un modèle de casuistique et de mauvaise foi : certes, énonce-t-il, on ne peut reprocher à Youcef Nadarkhani d’avoir été musulman avant d’être chrétien, et sur ce point, nous acceptons les arguments de la défense. Mais ses parents étant musulmans, il était tenu de revenir à la religion de ses ancêtres. Il n’est donc pas coupable « d’apostasie simple, mais – audacieux néologisme – d’apostasie nationale ». Et comme tel, il doit être condamné à mort, sauf si dans les trois jours il acceptait d’abjurer sa foi chrétienne. Les trois jours sont écoulés, et voilà pourquoi, pour sauver Youcef Nadarkhani d’une pendaison qui peut intervenir à tout moment, il est urgent que la communauté internationale se mobilise pour le pasteur iranien, comme viennent de le faire la France, par une déclaration du porte-parole du Quai d’Orsay, mais aussi et surtout David Cameron et Barack Obama. Il est vrai que ses conseillers ont fait valoir au président américain que, né lui-même d’une famille musulmane d’Indonésie, il pourrait, s’il était iranien, être accusé d' »apostasie nationale » !