Par Thierry Brésillon | Journaliste | 06/09/2011 | 13H04

Montage de logos de partis politiques (Thierry Brésillon)

Depuis le 1er septembre, les candidats à l’élection de l’Assemblée constituante prévue le 23 octobre peuvent déposer leurs listes. L’occasion de présenter les grandes lignes d’un paysage politique profondément renouvelé depuis la fin du pouvoir du RCD, le parti-Etat dissout le 9 mars.

Au monopole, succède une offre politique abondante. Du moins en quantité puisque à ce jour pas moins de 105 partis ont été autorisés. Une douzaine néanmoins constituent l’essentiel du tableau.

Parti démocrate progressiste (PDP)

Le logo du PDP.

Président : Ahmed Nejib Chebbi

Il a été fondé en 1983 et légalisé en 1988, sous le nom de Rassemblement socialiste progressiste. Il a été rebaptisé lors d’un profond réajustement idéologique en 2001.

Son orientation déclarée est sociale-démocrate, mais ses propositions visent essentiellement à améliorer l’efficacité du système économique, sans changement d’orientation majeure.

► Le site officiel du PDP

Ettakatol, Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL)

Le logo d'Ettakatol.Secrétaire général : Mustapha Ben Jaafar

Connu en Tunisie sous le terme Ettakatol, il a été créé en 1994, suite au départ de Mustapha Ben Jaafar du MDS. Il a été légalisé en 2002. Son orientation est sociale-démocrate.

Durant les dernières années du régime Ben Ali, il faisait partie d’une coalition d’opposition (le collectif du 18 octobre pour les droits et les libertés) avec le PDP, le Pcot et En’Nahdha.

► Le site officiel d’Ettakatol

Ettajdid

Le logo d'Ettajdid.Premier secrétaire : Ahmed Brahim

Ancien Parti communiste tunisien, il a renoncé au communisme en 1993, opté pour une orientation sociale-démocrate, et pris l’appellation Ettajdid (le renouveau).

A la différence d’Ettakatol, il ne faisait pas partie du collectif du 18 octobre. Il anime aujourd’hui un Pôle démocrate moderniste (PDM) visant explicitement à contrer le projet islamiste.

► Le site officiel d’Ettajdid

Pôle démocrate moderniste (PDM)

Le logo du PDM.Le PDM, lancé en mai, est une coalition de cinq partis :

  • Ettajdid,
  • Parti socialiste de gauche,
  • Al Wifak Al Joumhouri,
  • La Voix du centre,
  • Mouvement de la citoyenneté et de la justice.

Et d’organisations de la société civile :

  • Appel pour un pôle démocratique culturel,
  • Assez de divisions, Allons de l’avant,
  • L’Initiative citoyenne,
  • Collectif national des indépendants.

La ligne fédératrice du PDM est de faire barrage au projet islamiste. Il présente des listes de candidats.

► La page Facebook du PDM

Congrès pour la République (CPR)

Le logo du CPR.Président : Moncef Marzouki

Le CPR a été créé en 2001, mais rapidement interdit, ses dirigeants ont vécu en exil en France jusqu’en 2011 (il a été légalisé le 8 mars).

Sa ligne politique contient des orientations économiques et sociales assez marquées à gauche (contrôle du crédit bancaire, redistribution sociale, coopératives agricoles… ). La réaffirmation de l’identité arabo-islamique de la Tunisie, dans une perspective nationaliste arabe, est l’une de ses priorités.

Le CPR a envisagé dans l’été une coalition avec En’Nahdha (et trois autres petits partis), avant de dénoncer violemment au mois d’août ses méthodes de financement (et celles d’Ettakatol et du PDP).

► Le site officiel du CPR (en arabe)

En’Nahdha

Le logo d'Ennahdha.Président : Rached Ghannouchi

En’Nahdha (la renaissance) est le principal parti islamiste.

Il a été créé en 1981 sous l’appellation Mouvement de la tendance islamique, mais il n’a pas été reconnu et a même fait l’objet d’une répression sévère durant les années de la présidence d’Habib Bourguiba.

Il opte en 1989 pour l’appellation En’Nahdha pour ne plus faire référence à la religion, à partir du début des années 90, il fait l’objet à nouveau d’une répression implacable, il retourne à la clandestinité et son leader s’exile à Londres.

Il a été légalisé le 1er mars 2011. Il bénéficie de la meilleure notoriété et devrait réaliser un bon score lors des prochaines élections.

Il déclare aujourd’hui se positionner sur une ligne proche de celle de l’AKP turc. Mais il reste sur des positions très conservatrices et le contexte de rupture post-dictature et d’absence d’institutions fortes est très différent de celui de la Turquie.

► Le site officiel d’En’Nahdha (en arabe)

Mouvement des démocrates socialistes (MDS)

Le logo du MDS. Président : Mohamed Ali Khalfallah

Créé en 1978, par des membres du Parti socialiste destourien (le parti d’Habib Bourguiba) et par Ahmed Mestiri, il a été autorisé avec l’instauration du multipartisme en 1983.

Son orientation est plutôt social-démocrate. Il avait appelé en 1999 à soutenir la réélection de Ben Ali et disposait d’élus à la Chambre des députés. Malgré son ancienneté, il ne bénéficie que d’une faible notoriété.

Parti communiste des ouvriers de Tunisie (Pcot)

Le logo du Pcot.Secrétaire général : Hamma Hamami

Fondé en 1986, il est issu d’une des tendances radicales du mouvement d’extrême gauche Perpectives tunisiennes. Il a été légalisé le 18 mars.

Interdit pendant les années Ben Ali, il agit dans la clandestinité et ses militants ont subi la répression et les condamnations. Membre du collectif du 18 octobre avec En’Nahdha, il est partisan de l’intégration du parti islamiste dans le système politique.

Aujourd’hui très actif dans les manifestations et dans la société civile, son potentiel électoral est toutefois très modeste.

► Le site officiel de son journal, Al Badil (en arabe)

Parti socialiste de gauche (PSG)

Le logo du PSG.Secrétaire général : Mohamed Kilani

Issu d’une scission avec le Pcot en 2006, sa ligne politique s’en distingue par le refus de toute alliance avec les islamistes. Il a été légalisé le 17 janvier.

Il fait aujourd’hui partie du Pôle démocrate moderniste.

► Le site officiel du PSG

Afek Tounes, Horizon tunisien

Le logo d'Afek Tounes.Président : Mohamed Louzir
Porte-parole : Emna Mnif

Créé par de jeunes cadres supérieurs des milieux de l’entreprise, sa ligne politique est plutôt libérale (Etat régulateur et compétitivité économique) et sociale.

Sa position est en faveur d’une rupture avec l’ancien système (lutte contre la corruption, indépendance de la Justice…).

► Le site officiel d’Afek Tounes

Parti du travail tunisien (PTT)

Le logo du PTT. Porte-parole : Abdeljalil Bedoui

Le Parti du travail a été fondé le 28 avril 2011 notamment par Abdeljelil Bedoui, économiste, membre de l’UGTT.

Parti travailliste, sa vision économique et sociale est issu du combat syndical. Il propose de remettre en question l’orientation néo-libérale de l’économie tunisienne en mettant fin au dumping social et en rééquilibrant les relations avec l’Union européenne.

Sans être lié à l’UGTT, il espère rallier la base syndicale.

► Le site officiel du Parti du travail (en arabe)

El Watan

Le logo de El Watan.Secrétaire général : Mohamed Jegham

El Watan (la nation) a été fondé par d’anciens cadres du RCD : Mohamed Jegham – notamment ministre de l’Intérieur (1995-97), ministre de la Défense (1999-2000) et membre du Comité central puis du bureau politique du RCD – et Ahmed Friaa – ministre à plusieurs reprises, et dernier ministre de l’Intérieur de Ben Ali, du 12 au 14 janvier. Ce dernier a quitté le parti le 21 juin.

El Watan cite parmi ses valeurs la vocation arabo-musulmane de la Tunisie, la justice sociale et l’approfondissement de la démocratie.

► Le site officiel d’El Watan

L’Initiative

Le logo de L'Initiative.Secrétaire général : Kamel Morjane

L’Initiative a été fondé le 1er avril 2011 par Kamel Morjane (ancien ministre de la Défense de 2005 à 2010, et ministre des Affaires étrangères, de 2010 à 2011).

Comment classer les partis tunisiens ?

Il n’est pas forcément pertinent de classer les partis selon un axe gauche-droite. Le nationalisme peut être une valeur ambivalente. Une orientation économique de gauche peut être associée à une vision identitaire conservatrice, des partis auto-proclamés centristes sont des avatars de l’ancien régime. Un programme économique libéral peut aller de pair avec une volonté de rupture marquée avec l’ancien régime. La référence à l’islam peut, a priori, se combiner avec toute sorte d’orientation économique…

Cartographie des partis tunisiens (Fhimt.com).Un chercheur a tenté une cartographie de la centaine de partis existants selon différents axes (nationalistes, libéraux, socialistes…) Œuvre utile et effort louable, mais qui construit une image statique du paysage partisan. Il laisse de côté deux aspects : d’une part le caractère multidimensionnel de chacun des partis, et d’autre part la dynamique de la vie politique. (Voir la capture, cliquer pour agrandir)

Des rapprochement inattendus peuvent se nouer, non seulement en raison de considérations tactiques, mais surtout en fonction des clivages qui structureront la vie politique tunisienne :

  • la rupture avec l’ancien régime et la protection de la Révolution,
  • l’inclusion ou l’exclusion de l’islamisme dans le jeu politique, et la place de l’islam dans le socle des valeurs fondamentales
  • les orientations économiques,
  • les options constitutionnelles, etc.

Les Tunisiens vont devoir devenir des experts en manœuvres partisanes pour décrypter leur vie politique.

Illustrations : les logos des partis tunisiens ; cartographie des partis tunisiens (Fhimt.com).

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