Pensée du jeudi 4 août 2011.


« Les opinions, les croyances, les points de vue que les parents
s’efforcent de transmettre à leurs enfants ne sont pas toujours
les meilleurs, c’est entendu. Mais quand les enfants critiquent
leurs parents en se montrant durs et insolents, est-ce qu’ils ont
trouvé la bonne attitude ? Non. Même s’ils découvrent un jour
qu’ils ne peuvent pas se fier complètement à leurs parents, cela
ne les autorise pas à les mépriser. Qu’ils ne suivent pas leur
exemple, qu’ils n’acceptent plus leur philosophie, ils en ont le
droit ; mais ils ne doivent pas les rejeter.
Et cette règle est aussi valable en dehors de la famille. Ne pas
être du même avis que quelqu’un ne vous donne pas le droit de le
rejeter, au contraire. Puisque d’après vous il est dans l’erreur,
c’est une raison supplémentaire pour être bon et compréhensif
avec lui. Mais à l’intérieur d’une famille cette règle s’impose :
même en désaccord avec leurs parents, rien ne doit empêcher les
enfants de continuer à les respecter et à les aimer. »

Omraam Mikhaël Aïvanhov

Leïla Trabelsi, la «sorcière» mal aimée | Slate Afrique


Dans un ouvrage publié en France, l’ancien majordome de la femme de l’ex-président Ben Ali décrit les turpitudes d’un pouvoir à la fois décadent et déprédateur.

Leïla Trabelsi, à Tunis, le 28 octobre 2010. AFP PHOTO / FETHI BELAID

Mais que devient Leïla Ben Ali, née Trabelsi? Il y a quelques jours, une rumeur a circulé dans toute la Tunisie: selon le site Tunivisions (le magazine people des Tunisiens), l’ex-Première dame aurait récemment tenté de mettre fin à ses jours en avalant du poison.

Admise à l’hôpital privé de la ville d’Abha (capitale en altitude de la province d’Asir, en Arabie saoudite), ses jours ne seraient pas en danger comme semble le regretter le site, qui déplore que la potion ingurgitée n’était «malheureusement (sic) pas meurtrière»

Il est très difficile de vérifier cette information, tant les autorités saoudiennes refusent de communiquer à propos de l’ancien couple présidentiel. A ce jour, Ryad n’a même pas daigné répondre officiellement à la demande d’extradition formulée par les autorités tunisiennes et nombre de Tunisiens craignent que Ben Ali et sa femme n’échappent à la justice de leur pays.

Pour autant, les langues se délient en Tunisie et chaque jour apporte son lot de révélations. C’est ainsi que le tout-Tunis parle beaucoup du livre de Lofti Ben Chrouda, un ancien majordome au palais présidentiel qui a passé vingt ans au service de Leïla Trabelsi.

Paru le 9 juin dernier aux éditions Michel Lafon, Dans l’ombre de la reine, écrit en collaboration avec Isabelle Soares Boumala, professeur de lettres et journaliste en Tunisie, est en vente dans nombre de librairies du pays —ce qui en soi est une révolution, quand on sait ce qu’a été l’emprise de la censure jusqu’à la chute de Ben Ali en janvier 2011. Et son contenu n’est rien de moins que sidérant.

La sorcière

Dès les premières pages, on y apprend ainsi que «Madame la présidente» —expression utilisée par la presse tunisienne jusqu’à ce qu’éclatent les premières émeutes en décembre 2010— avait recours à la sorcellerie et à la magie noire à la fois pour protéger son mari, mais aussi pour garder le contrôle sur lui. N’hésitant pas à sacrifier des caméléons, elle fera aussi appel à de nombreux devins, mages et autres diseuses de bonne aventure venus des quatre coins de l’Afrique, et notamment du Maroc, du Sénégal et du Mali ainsi que de l’intérieur du pays.

«Cela ne m’étonne pas. Elle n’est pas la seule à verser dans ce genre de pratiques. Nombre de femmes de la bourgeoisie tunisienne y ont recours», explique à SlateAfrique un universitaire franco-tunisien, qui estime que la pratique de la sorcellerie dans les milieux aisés et soi-disant cultivés en Tunisie mériterait une véritable enquête sociologique.

On relèvera au passage que le recours supposé à la magie noire pourrait valoir de sérieux ennuis à Leïla Trabelsi, quand on sait que le royaume wahhabite où elle s’est réfugiée n’a pas l’habitude de plaisanter avec ce genre de pratique formellement prohibé par l’islam.

La cruelle

Mais l’ouvrage ne se résume pas uniquement aux exploits de Leïla «la sorcière». Page après page, le lecteur découvre un univers sordide où des parvenus (la famille de Leïla) s’installent dans les palais présidentiels, sèment la terreur parmi le personnel et participent au pillage du pays.

Cruelle, manipulatrice, avare, jamais satisfaite du service et totalement insensible à la fatigue, voire l’épuisement, de celles et ceux qu’elle considérait comme ses esclaves, Leïla Trabelsi ira même jusqu’à plonger les mains d’un cuisinier dans de l’huile bouillante pour le punir d’une peccadille.

L’adultère

Certes, le livre n’apporte aucune révélation majeure sur le plan politique, si ce n’est que l’alliance entre Leïla et Ali Seriati, le chef omnipuissant de la garde présidentielle —dont le procès vient encore d’être reporté—, était plus le résultat d’une alliance tactique que d’une quelconque affinité. A cela s’ajoute le fait que Leïla menaçait régulièrement son mari de «dire la vérité» à propos de la mort de plusieurs généraux dans un crash d’hélicoptère.

Pour autant, nombre de descriptions sont saisissantes. Ainsi, on y trouve la confirmation que Ben Ali n’était plus qu’une marionnette entre les mains d’une femme dominatrice et plus jeune que lui. Laquelle n’hésitera pas à prendre pour amant l’un de ses gardes du corps, qu’elle rencontrait en cachette jusqu’à trois fois par semaine dans une petite maison en bord de mer à La Marsa —quand elle n’organisait pas des escapades pour deux à Paris ou Dubaï.

Un adultère qui, une fois découvert, lui vaudra la colère de son président de mari —lequel semblait quant à lui habité par la peur de perdre sa virilité (d’où une grande consommation d’aphrodisiaques, comme le gingembre et les fruits secs) et d’être dépossédé de ses biens, poisson frais compris, par sa femme, sa belle-famille et le personnel du palais.

La rapace, la stratège

Selon Lofti Ben Chrouda, Leïla Trabelsi avait mis en place une véritable opération de pillage des antiquités tunisiennes, se servant dans les musées, faisant procéder à des fouilles illégales dans tout le pays et masquant parfois ces dernières par des travaux conduits par Imed Trabelsi, son neveu, ou bien son fils —lui aussi traduit devant la justice tunisienne. Les trésors découverts (bijoux, statues, pièces d’or remontant à l’époque carthaginoise ou romaine) étaient ainsi transportés jusqu’aux villas des Trabelsi ou exportés à l’étranger, notamment en Russie et en Israël.

Le majordome raconte aussi comment Leïla et son clan ont mis la main sur tout ce que comptait le petit village de Sidi Boussaïd comme merveilles. Des biens légués par le fameux baron Erlanger (qui fut l’âme artistique du village au début du XXe siècle) aux avoirs immobiliers de personnalités tunisiennes dépossédées en un tour de main, en passant par la fameuse discothèque La Baraka, jadis fréquentée par Charles Aznavour: la rapacité des Trabelsi donne aujourd’hui encore le tournis.

Le livre de Ben Chrouda nous apprend de plus comment Leïla Trabelsi avait commencé à régenter la politique tunisienne en créant le club Elyssa, où nombres de femmes de la haute société tunisoise mais aussi des épouses d’ambassadeurs étrangers se devaient d’adhérer. En somme, un gynécée où se faisaient et se défaisaient les carrières ministérielles du fait de l’allégeance ou non de ces dames à Leïla.

Enfin, l’ouvrage confirme ce que bon nombre d’observateurs avaient très vite compris lors des événements de décembre 2010 et janvier 2011. Ni Ben Ali, ni sa femme n’avaient vu venir les émeutes populaires et ils ont, semble-t-il, cru jusqu’au dernier moment qu’ils pouvaient renverser la donne et retrouver leur ascendant sur le peuple en colère.

Akram Belkaïd

Au Cameroun, on repasse les seins des jeunes filles | Slate Afrique


La région du Nord-Ouest, au Cameroun, est un territoire qui s’étend sur près de 18.000 km2. Là-bas vivent quelques deux millions de personnes dont le quotidien est partagé entre préoccupations de la société moderne et certains us et coutumes qui semblent encore avoir la peau dure. Parmi eux, l’étonnante pratique du «repassage des seins» des jeunes filles, à laquelle CNN vient de consacrer un reportage.

Dans un village du Nord-Ouest, la journaliste de la chaîne de télévision américaine a rencontré une famille où cette tradition se pratique depuis plusieurs générations. L’objectif du «repassage des seins» est de rendre les jeunes filles moins attirantes pour les garçons et de leur permettre de mieux se concentrer sur leurs études. Dans le reportage, l’on peut voir le témoignage d’une jeune fille de 18 ans prénommée Teresa.

A l’âge de 9 ans, lorsque ses seins ont commencé à pousser, sa mère les a lui a régulièrement «repassés» tous les matins avant l’école, pour éviter qu’elle ne devienne une jeune fille frivole. Grace Techu, la maman, a utilisé cette méthode pendant les premières années de puberté de sa fille.

La méthode consiste à faire chauffer un pilon en bois, une pierre ou tout autre ustensile et de l’appliquer ensuite sur la poitrine naissante de sa fille. Des procédés variables, avec un seul objectif:

«Ramollir les seins et les rendre tombants. Ce qui aurait le don de repousser les regards concupiscents et les assauts des garçons», entend-on dans le reportage.

Seulement, la jeune Teresa a tout de même fini par tomber enceinte à l’âge de 15 ans. Mais, sa mère soutient que n’eurent été ces «massages» quotidiens, Terisa serait tombée enceinte beaucoup plus tôt. La jeune fille elle-même affirme à la journaliste qu’il lui est arrivé d’être grièvement brûlée à la poitrine. Ce que nie Grace Techu, la mère-repasseuse.

Pourtant, des spécialistes et de nombreuses ONG montent au créneau pour dénoncer les ravages de ces pratiques considérées comme dangereuses, tant sur le plan physique que sur le plan psychologique. Le reportage de CNN propose également le témoignage d’une gynécologue:

«J’ai vu une mère avec une brûlure au second degré aux mains, des jeunes filles aux glandes mammaires complètement détruites et un cas de cancer. Même si je ne peux pas démontrer si c’est le repassage qui a causé le cancer ou s’il a juste permis d’exacerber une tumeur.»

En 2006, une ONG, le Réseau national des associations de tantines (Renata) a lancé une vaste campagne de sensibilisation contre le repassage des seins. Celle-ci faisait suite à une enquête menée avec l’appui technique de l’organisation allemande GTZ et qui avait permis d’établir que’une fille sur quatre au Cameroun est victime de cette pratique. Les membres de Renata s’activent à faire comprendre aux populations que la solution aux grossesses précoces réside plutôt dans l’éducation sexuelle des jeunes filles que dans le repassage de leur poitrine.

Vu sur CNN

Les barons de la drogue ont-ils le droit d’être sur Facebook? | Slate Afrique


C’est l’épineuse question soulevée par Daudi Were, un blogueur kényan, dans un billet publié le 26 juillet 2011 et repris par Global Voices.

Car John Harun Mwau, député du Kenya accusé d’être un baron de la drogue par le gouvernement des Etats-Unis —tombant ainsi sous le coup Kingpin Act— possède une page sur le réseau social américain Facebook, où il fait même de la pub.

«C’est de la pub commerciale, qui implique généralement une forme de transaction financière, le type de transaction interdite par le Kingpin Act», souligne Were. Les contrevenants risquent jusqu’à 30 ans de prison et une amende pouvant s’élever à 10 millions de dollars (7 millions d’euros).

Car cette loi, comme il le rappelle:

«identifie les gros trafiquants de drogue à travers le monde, leurs organisations et leurs complices et empêche toute transaction financière entre eux et les entreprises américaines ou les ressortissants américains.»

Le blogueur s’interroge:

«Personne ne peut prévoir à quel moment « un important trafiquant de drogue » va acheter de la pub en utilisant vos services. La vraie question en l’occurrence est de savoir ce que vont faire des entreprises américaines comme Facebook et Microsoft lorsqu’elles vont découvrir que des individus avec lesquels elles ne sont supposées avoir aucune transaction achètent leurs services?»

Pour le moment, il s’agit d’une affaire interne aux Etats-Unis. Selon leur ambassadeur au Kenya Scott Gration:

«Les preuves contre Harun Mwau sont utilisées pour protéger le peuple et les avoirs américains», affirmait-il au Daily Nation.

Il exhorte le gouvernement du président Kibaki à mener sa propre enquête, ajoutant que les autorités américaines seront prêtes à coopérer avec la police kényane si nécessaire.

S’il est actuellement interdit de séjour aux Etats unis, le député Mwau a sollicité et obtenu de son pays une protection avec garde de corps.

En attendant, d’autres blogueurs kényans espèrent que la désignation d’Harun Mwau comme narcotrafiquant par les autorités américaines permettra au gouvernement kényan de prendre au sérieux la lutte contre la drogue dans leur pays.

Lu sur Global Voices, Daily Nation

Les devoirs de vacances : nuisibles pour les enfants ActuaLitté – Les univers du livre


Je le savais !

Rédigé par Clémentine Baron, le mardi 02 août 2011 à 16h46

Pascal Chatard, ex enseignant et aujourd’hui formateur à l’IUFM à Draguignan explique, dans le cadre d’une interview avec Stéphanie Marpinard, pourquoi les devoirs de vacances sont inutiles voir mauvais pour les enfants.

On a tous connu, enfants, ces petits cahiers aux couleurs pastel où des personnages idiots prétendaient vouloir nous rendre intelligents, alors que dehors le soleil brillait et la mer nous tendait les bras ! Mais non… « Tu sortiras quand tu auras fini tes devoirs de vacances » répondait-on implacablement à nos supplications.

Quelle revanche d’entendre aujourd’hui que ces cahiers sont inutiles ! Même pour un enfant en difficulté, les devoirs de vacances ne sont pas recommandés par Pascal Chatard : « Un élève en difficulté nécessite un diagnostique précis. Pourquoi est-il en difficulté ? Quel obstacle n’a-t-il pas réussi à franchir ? Je considère un peu le cahier de vacances comme de l’automédication. […] Je ne pense pas franchement que ce soit une réponse adaptée aux difficultés rencontrées par un élève. »

Le professeur précise que le cahier de vacances « est, à la rigueur, plus adapté aux bons élèves qui en feraient la demande », mais qu’il ne doit en aucun cas « être vécu comme une contrainte par l’élève. Il faut absolument respecter le repos intellectuel des enfants pendant les vacances. »

Préférer le jeu à la contrainte

À la place de ces diaboliques cahiers de vacances, Chatard recommande plutôt de faire travailler les enfants « au travers de pratiques de la vie courante, si possible ludiques ». À titre d’exemple, on peut faire travailler le rédactionnel en proposant à l’enfant d’écrire un mail à sa grand-mère. Pour ce qui est des mathématiques, réaliser soi-même une recette de cuisine apprend les proportions et les mesures. Enfin pour la lecture, on peut demander à l’enfant d’essayer de lire une affiche ou une étiquette au supermarché sans oublier de lui lire et faire lire des histoires.

« Ces petites scènes de la vie courante font que l’enfant se retrouvera en situation de valorisation et non dans une situation de souffrance. Il pourra donc adhérer plus facilement à cette sollicitation. »

Vous savez ce qu’il vous reste à faire ? Poubelle !

Un crâne de grand singe vieux de 20 millions d’années découvert en Ouganda | Ici et Ailleurs, personnalités libanaises | L’Orient-Le Jour


Paléontologie

mercredi, août 3, 2011

Une équipe de paléontologues ougandais et français a annoncé hier avoir découvert, dans le nord de l’Ouganda, le crâne d’un grand singe vieux de 20 millions d’années, qui pourrait apporter un éclairage sur l’histoire de l’évolution dans cette région du monde. « C’est la première fois que l’on découvre le crâne complet d’un grand singe de cette époque (…) c’est un fossile très important et il va certainement inscrire l’Ouganda sur la carte du monde scientifique », a déclaré Martin Pickford, paléontologue au Collège de France à Paris.

Le crâne fossilisé provient d’un singe mâle Ugandapithecus major, lointain cousin des grands singes d’aujourd’hui qui peuplaient cette région il y a environ 20 millions d’années. L’équipe a fait sa découverte le 18 juillet en cherchant des fossiles aux abords d’un volcan éteint dans la région reculée de Karamoja, dans le nord-est de l’Ouganda. Un premier examen du fossile a établi que le singe, un herbivore grimpant aux arbres, était âgé d’environ 10 ans à sa mort et avait la taille d’un chimpanzé, mais le cerveau de la taille (plus petite) de celui du babouin, a indiqué Martin Pickford. Sa collègue Brigitte Senut, professeure au Museum national d’histoire naturelle, a annoncé que le fossile sera transporté à Paris pour l’étudier et y subir un examen aux rayons X avant de retourner en Ouganda. « Il sera nettoyé en France, préparé en France (…) et puis, dans à peu près un an, il retournera dans le pays » où il a été découvert, a-t-elle dit. Les paléontologues français s’intéressent depuis 25 ans à l’Ouganda, où ils viennent faire des recherches de terrain grâce à des fonds du gouvernement français, a précisé la scientifique.

La plaine aride de Karamoja, la région la moins développée d’Ouganda, a été récemment largement pacifiée après des décennies d’insécurité liée à des conflits armés entre communautés nomades d’éleveurs.

(Source : AFP)

La chasse aux rhinocéros est ouverte… dans les musées | Ici et Ailleurs, personnalités libanaises | L’Orient-Le Jour


Société

mercredi, août 3, 2011

La recrudescence des vols de cornes dans les musées coïncide avec une hausse alarmante du braconnage de rhinocéros en Afrique. Plus de 200 animaux ont été tués jusqu’ici en 2011.
La recrudescence des vols de cornes dans les musées coïncide avec une hausse alarmante du braconnage de rhinocéros en Afrique. Plus de 200 animaux ont été tués jusqu’ici en 2011.

Les vols se multiplient en Europe, portés par l’engouement pour les cornes de l’animal en Asie et faisant de cette activité criminelle lucrative la nouvelle hantise des conservateurs.

Quelques minutes ont suffi pour qu’en plein jour, deux voleurs s’emparent d’une tête empaillée de rhinocéros dans un musée bruxellois, faisant de cette activité criminelle en pleine expansion la nouvelle hantise des conservateurs en Europe. « Pendant 80 ans, on l’a soignée puis du jour au lendemain elle n’est plus là. C’est assez triste », se désole Georges Lenglet, conservateur au musée des Sciences naturelles de Bruxelles, qui a peu d’espoir de revoir la tête volée. Le musée bruxellois n’avait jamais connu de vol avant juillet, lorsqu’il est devenu la dernière victime en date du gang des voleurs de cornes de rhinocéros.
L’organisation européenne de coopération policière Europol soupçonne un groupe d’Irlandais issu du crime organisé d’être derrière une série de vols commis depuis un an et demi dans les musées, les zoos, les salles de ventes, les antiquaires et chez des collectionneurs privés. Les voleurs n’hésitent pas à recourir à l’intimidation et la violence. Ils sont impliqués dans des affaires de trafic de drogue, de blanchiment d’argent et de contrefaçon, et semblent avoir trouvé une nouvelle activité lucrative, en revendant des cornes de rhinocéros. À l’origine de ce trafic : l’engouement pour les cornes de rhinocéros en Asie, où elles peuvent se négocier entre 25 000 et 200 000 euros, selon leur taille, explique Europol. Généralement broyées et transformées en poudre, elles sont ensuite commercialisées sur les marchés asiatiques où elles sont prisées pour leurs supposées vertus médicinales contre la fièvre, les migraines, la typhoïde ou la variole. Leur utilisation pour soigner l’impuissance est en revanche un mythe.
La recrudescence des vols de cornes dans les musées coïncide avec une hausse alarmante du braconnage de rhinocéros en Afrique : plus de 200 animaux ont été tués jusqu’ici en 2011, selon les données de l’association Save the Rhino International. Au total 333 rhinocéros avaient été massacrés en 2010, contre 122 en 209, 83 en 2008 et 13 en 2007, selon l’association, dont le siège est à Londres et qui craint une flambée du commerce illégal. Des vols de ce type ont été commis récemment dans des musées au Portugal, en France, en Allemagne, en République tchèque et même en Suède. Une vingtaine d’actes ont été constatés en Europe sur les six derniers mois.
En réaction, les musées ont décidé de renforcer leurs systèmes de sécurité ou de retirer les rhinocéros des vitrines. L’Institut royal des sciences naturelles de Bruxelles a fait les deux après le vol d’une tête de rhinocéros, datant de 1827, trois semaines seulement après une tentative ratée dans la ville de Liège. « C’est dommage », se lamente M. Lenglet devant une vitrine d’exposition où ne trônent plus que deux rhinocéros sur trois et une tête sur deux. Car les voleurs ont bien fait leur travail : tandis qu’un homme a détourné l’attention d’un gardien, deux compères en ont profité pour ôter le verrou de la vitrine. Ils ont ensuite fait passer leur butin pesant une trentaine de kilos par la fenêtre des toilettes, évitant ainsi l’entrée principale.
« Les voleurs présumés utilisent toutes les méthodes criminelles possibles », note Patrick Byrne, d’Europol. Les têtes de rhinocéros se vendent rapidement sur le marché noir et les criminels blanchissent ensuite l’argent en achetant des appartements ou d’autres biens de valeur comme des voitures de luxe.
Résultat : les musées ne sont plus seuls à renforcer leur surveillance. Même les taxidermistes sont aux aguets : la fédération européenne a envoyé une lettre à ses membres début juillet, les avertissant que des Danois et des Suédois avaient été contactés par des acheteurs suspects disant venir d’Irlande ou de Grande-Bretagne.
(Source : AFP)