»Jour de joie dans la jungle » » Ma Planète


Ajouté le 01/23/2011 22:12:03 par Pardon




Écoutons le touchant récit d’un P. Rédemptoriste de la mission de l’Amazone :
Nous naviguions depuis sept jours sur le Coar Grande dans le frêle canot de la Mission. C’était ma première expédition missionnaire depuis que j’étais au Brésil. Je ne me sentais pas très rassuré, car nous étions souvent perdus dans le labyrinthe des affluents. Il y avait vingt-trois heures que nous n’avions pas vu de maison. À un coude du fleuve nous aperçûmes enfin une cabane et une femme qui faisait sa lessive dans la rivière. Elle agita son chapeau de paille et nous fit signe de venir à terre, ce que nous fîmes.

C’était une bien vieille femme. Les haillons qui la couvraient ne méritaient pas le nom de vêtements. Elle me regarda, muette d’étonnement. Enfin elle s’écria :

 »Vous êtes prêtre? »

 »Oui je suis prêtre. »

 »Mon Dieu, mon Dieu. » Et elle se mit à pleurer. Son exclamation avait le ton d’une prière.

Elle s’agenouilla, me demanda ma bénédiction et me baisa la main.

 »Vous viendrez bien chez nous, n’est-ce pas? Mon mari serait heureux de vous voir. »

 »Bien volontiers »

Nous suivîmes un sentier fangeux qui nous mena à la cabane au sommet d’une petite colline. C’était une hutte typique de la région, couverte de chaume, avec trois cloisons de paille tressée.
Le quatrième pan était ouvert ; le plancher était d’écorce d’arbre. Toute la structure tenait par de solides lianes sauvages. La bonne vieille dame monta à la hutte par l’escalier primitif. Nous lui emboîtâmes le pas. Elle alla vers une moustiquaire qui couvrait une natte étendue dans un coin. Nous l’entendîmes dire :  »Jean, le Père est arrivé. Il est ici, Jean ». Puis ils parlèrent ensemble quelques minutes. Je regardai autour de moi. La vieille dame souleva la moustiquaire et me fit signe. Je passai sous le filet et vis un vieillard étendu sur la natte. À sa vue ma respiration s’arrêta.

Il avait le teint sépulcral et olivâtre. Sa barbe était drue, grise et embroussaillée. Elle n’avait pas été soignée depuis des mois. La main que je serrai était brûlante de fièvre. Le vieillard parlait avec difficulté. Il était manifestement gravement malade et même à la mort.

Le vieil homme :  »Êtes-vous prêtre? » demanda-t-il.
Le prêtre :  »Oui, assurément. »
Le vieil homme :  »Depuis seize ans j’attends qu’un prêtre passe. Je suis paralysé, et j’espère bientôt délivré. Je demande tous les jours à Dieu la grâce de pouvoir me confesser. Voulez-vous m’entendre? »
Je le fis. Le mourant se confessa. Je ne sais plus lequel de nous deux était le plus ému, du vieillard ou de moi. Puis j’allai vers l’autre coin de la case pour entendre la confession de la vieille femme.
 »Voulez-vous recevoir la communion? »
Ils le désiraient de tout leur coeur. J’allai à la rive et priai mon compagnon d’apporter la chapelle portative. Il me regarda tout étonné.

 »La messe? maintenant? »
 »Oui, maintenant. »
Nous préparâmes tout, mais il n’y avait rien qui pût servir d’autel dans la pièce.

 »Installez tout sur le plancher », dis-je en indiquant le côté ouvert. Comme je revêtais les ornements, la bonne vieille dame me demanda si elle pouvait assister à la messe parée comme une reine.

« Ne pensez donc pas aux vêtements du corps. »
Il était difficile de ne pas avoir de distractions pendant cette messe, dans la lumière et la beauté de ce paysage.

Après la messe, la brave femme me dit que j’étais le premier prêtre venu dans la région depuis vingt ans. Il y avait deux ans qu’un de nos Pères avait fait le voyage, mais l’état de la rivière ne lui avait pas permis de descendre à terre. Je retardai le départ aussi longtemps que je pus, mais il fallut finalement prendre congé. Nous remontâmes dans notre canot et repartîmes. La vieille femme se tenait immobile sur la rive et nous regardait. Nous lui fîmes un dernier signe. Elle répondit, s’agenouilla et se pencha à nouveau sur la lessive.

Le soleil était brûlant ; il n’y avait pas un nuage à l’horizon et pourtant la chaleur ne nous parut point accablante. La verdure si variée de la jungle ne nous sembla plus redoutable, c’était comme un magnifique tapis ; les singes ne criaient plus, ils chantaient

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