Les cinq points qui vont changer sur votre permis de conduire


Le papillon rose sera bientôt remplacé par une carte à puce électronique contenant un certain nombre de données sur le conducteur./ Photo DDM

Le papillon rose sera bientôt remplacé par une carte à puce électronique contenant un certain nombre de données sur le conducteur./ Photo DDM

La fin du carton rose est programmée. Initialement prévue pour le 19 janvier 2011, la directive européenne réformant les permis de conduire entrera finalement en vigueur dans un peu plus d’un an, avec de nombreux changements à la clé. A commencer par l’arrivée d’une carte électronique renouvelable tous les 15 ans.

Bientôt finie l’humiliation de voir vos enfants, petits-enfants, voire arrières petits enfants se moquer de votre coupe de cheveux d’époque, en noir et blanc sur un papier rose hors d’âge ? Registre « me dis pas que c’était toi, ça, sur le permis de conduire »… Eh bien oui. Car le 19 janvier 2013, le document donnant droit à « conduire un véhicule terrestre à moteur » va entamer sa mutation en France, avec la transposition en droit français de la directive européenne 2006/126.

Ce faisant, qu’ils conduisent un scooter, une voiture, une moto, un utilitaire ou un poids lourd, plus de 40 millions de Français seront donc concernés par cette réforme. Laquelle risque bien de bouleverser quelques habitudes.

Premier changement, en l’occurrence ? Ce sera le permis lui-même puisqu’il s’agira désormais d’un document format « carte de crédit » dans lequel sera insérée la photo du titulaire, son état civil et ses droits à conduire… mais surtout, aussi, une bande magnétique à laquelle s’ajoutera une puce électronique. Outre les informations de base, cette carte pourra donc contenir d’autres données sur le conducteur. Elle contiendra notamment les empreintes digitales du conducteur. La puce électronique permettra surtout de se connecter sur le site du ministère de l’Intérieur pour, notamment, consulter son solde de points. En cas de contrôle, la police pourra, surtout, à l’aide de lecteurs embarqués dans ses véhicules de vérifier que le document n’est pas falsifié. Elle disposera également du passé du conducteur : l’historique de ses contraventions dans l’ensemble de l’Union européenne. Il deviendra très difficile d’oublier de payer ses PV!

La directive européenne rompt avec la logique du « permis à vie ». A partir de 2013, cette carte sera renouvelable : tous les 15 ans pour les conducteurs de deux-roues et de voitures, tous les cinq ans pour les poids lourds. En profitera-t-on alors aussi pour renvoyer le titulaire sur les bancs de l’auto-école ? « Souhaitable » répondent les professionnels qui voudraient aller vers une formation continue des conducteurs, pour une meilleure sécurité routière.

Mais c’est du côté des deux roues et des camions qu’auront lieu les plus gros changements. Véritable permis de conduire dès 14 ans pour les cyclos et scooters, report à 24 ans du permis toutes cylindrées pour les motos… Certes, on pourra toujours louer un 3,5 tonnes avec son permis voiture pour déménager les enfants, mais il faudra deux permis différents pour les véhicules de 3,5 à 7,5 tonnes, selon qu’ils seront attelés ou non.

LE CHIFFRE : 40 MILLIONS DE TITULAIRES DU PERMIS B

En France plus de 40 millions de conducteurs sont titulaires du permis B. Le permis de conduire est obligatoire depuis le 10 mars 1899.

« J’ai passé mon permis en 1962, à 18 ans. À l’époque, le permis c’était le premier pas dans l’âge adulte, avant la majorité qui était encore à 21 ans ».

Francis, 67 ans, se souvient de ses premières sensations au volant d’une voiture.

LA SÉCURITÉ GUIDE CETTE RÉFORME

Cette réforme va-t-elle dans le bon sens pour les conducteurs ?

Elle comporte plusieurs parties dont la formation du conducteur et l’examen du permis de conduire et selon moi, elle va dans le bon sens. Désormais, on aura en effet une progressivité dans les permis de conduire, notamment pour les deux roues qui sont un problème majeur, en France, vu le nombre de morts, et une formation à une conduite apaisée, éco-responsable pour les voitures. L’esprit de cette réforme avec ces nouvelles catégories est donc de renforcer la sécurité des usagers de la route car elle répond à des constats problématiques faits partout en Europe.

Le BTP, grand utilisateur de véhicules de 3,5 tonnes, pour lesquels le permis B suffit, ne va-t-il pas être pénalisé par les nouvelles mesures pour véhicules lourds ?

S’ils conservent des utilitaires à 3,5 tonnes, rien ne change pour eux. En fait ces nouveaux permis sont partis de deux constats. Celui des risques liés à la surcharge, sur les chantiers et celui de l’absence de permis intermédiaires entre 3,5 et 44 tonnes. Partout en Europe, on voit circuler des petits camions en surcharge. Or en cas d’accident ou de contrôle, le constat d’une surcharge équivaut à un défaut de permis, donc à un défaut d’assurance et c’est une catastrophe pour l’entreprise. Là, sans aller jusqu’au permis super-poids lourd, il y aura des catégories intermédiaires qui permettront de monter les capacités en volume et en charge.

Faut-il aller vers un contrôle continu des connaissances, pour les conducteurs ?

Le CNPA y est favorable. Il ne s’agirait cependant pas de remettre en cause la capacité manuelle de chacun mais de proposer un audit de conduite en situation de circulation pour améliorer ce qui doit l’être. Aujourd’hui, une fois passé le permis, chacun évolue de façon individuelle d’où de dangereuses disparités de niveau de conduite sur les routes. Un contrôle continu permettrait d’homogénéiser l’ensemble donc, d’offrir là aussi plus de sécurité.

Recueilli par Pierre Challier

LE PERMIS C1 SUR LES CHANTIERS

« L’idéal, pour nous, c’est 7,5 tonnes » : maçon à Blagnac, Serge Menon est aussi l’adjoint du président de la Confédération des artisans, la Capeb 31. Il a souvent évoqué les problèmes auxquels se heurtent ses collègues sur les chantiers de construction.

« Nos camions-bennes ou nos fourgons ne nous permettent pas de porter plus d’une tonne de chargement, car ils sont limités à un poids de 3,5t. Pour un maçon, c’est souvent insuffisant ».

Avec la réforme, un permis C1 sera instauré pour les véhicules de 3,5 à 7,5 tonnes, ce qui devrait résoudre partiellement le problème des artisans comme les maçons, les couvreurs, obligés de multiplier les allers et retours pour transporter briques, sacs de ciment ou tuiles sur les chantiers de construction.

« Mais j’espère qu’il ne nous faudra pas repasser un permis. Car beaucoup d’artisans, ou d’ouvriers, ne pourront pas le financer », avertit Serge Menon.

« Le permis C1 doit en principe être plus simple et plus facile d’obtention que l’actuel permis poids lourd. Mais nos adhérents souhaiteraient surtout voir sur le marché des véhicules utilitaires légers, inférieurs à 3,5 tonnes, qui ne seraient pas en dépassement de poids dès que l’on y met quelques parpaings », estime Bruno Delmas, président de la fédération Midi-Pyrénées du BTP.

LES NOUVEAUTÉS À PARTIR DE 2013

Le permis sera européen

La réforme du permis de conduire prévoit la mise en place d’un permis unique et sécurisé dans tous les pays de l’Union Européenne. Le but est d’harmoniser la délivrance du document en Europe mais aussi de lutter contre la fraude, le passage de l’examen se bornant parfois à une simple transaction sous le manteau entre candidat et examinateur, dans certains pays. Le nouveau permis vise aussi à faciliter le travail des polices routières en abolissant à sa façon les frontières, côté délits.

Huit nouvelles catégories

Elles s’appelleront AM, A1 et A2 pour les deux roues, B1 pour les voiturettes, C1 et C1E pour les véhicules lourds, D1 et D2 pour le transport de personnes. En voici le détail.

Deux roues

A partir de 14 ans, il faudra le permis AM pour les cyclos et scooter et à partir de 18 ans, on pourra passer le permis A2 qui donnera le droit de piloter des motos jusqu’à 46 CV, soit des machines de 350/400 cm3. Titulaire de ce permis, le jeune conducteur avec deux ans de pratique pourra prétendre ensuite passer le permis A, toutes cylindrées. Sans ce permis, il devra attendre l’âge de 24 ans. à moins qu’il n’opte pour la voiturette, auquel cas il devra passer un permis B1.

Voiture

Côté voiture et permis B, donc, celui qui concerne la majorité, pour l’heure, c’est surtout la pratique qui va évoluer vers « l’éco-conduite » et une « conduite apaisée », laquelle offre déjà un point de bonus aujourd’hui, si elle est respectée à l’examen. Ce permis B permettra toujours de conduire des véhicules jusqu’à 3,5 tonnes. A priori, pour le moment, il n’est pas question de retourner sur les bancs de l’auto-école tous les 15 ans, lorsque l’on devra changer la nouvelle carte du permis de conduire réformé.

Véhicules lourds

Les nouveaux textes instaurent désormais un permis C1 pour conduire des véhicules de 3,5 à 7,5 tonnes et un permis C1E pour pouvoir y atteler une remorque de plus de 750 kg. Deux autres permis, D1 et D1E sont également créés pour le transport de personnes. Dernier gros changement, enfin ? Le permis poids lourd. Il faudra avoir désormais 21 ans et non plus 18 pour le passer.

Quant au changement de document, proprement dit, le troc du papier rose pour la carte à puce… que personne ne s’affole, le changement est prévu pour être très progressif : jusqu’en 2033.

« LE PERMIS, C’ÉTAIT L’ENTRÉE DANS L’ÂGE ADULTE »

À 67 ans, Francis a derrière lui près de 50 ans de volant : « J’ai passé mon permis en 1962, à 18 ans. Mon père ne voulait pas nous voir sur des deux roues mais ne rechignait pas à nous prêter sa 2 CV. À l’époque, le permis c’était le premier pas dans l’âge adulte, venait la majorité, à 21 ans. »

Francis, aujourd’hui habitant de Bon-Encontre, à côté d’Agen, a décroché son précieux papillon rose à Poissy en banlieue parisienne. « Rien à voir avec aujourd’hui évidemment. À l’auto-école, on avait des livrets Rousseau pour potasser le code, des visuels papier pour apprendre les panneaux. Je me souviens aussi de ces plaques de tôle où l’on déplaçait des voitures aimantées pour les positionner aux carrefours. » En guise d’instruction mécanique, une maquette de camion Hotchkiss montrait le fonctionnement du moteur.

« Le gros morceau, c’était la conduite », se souvient Francis qui a passé l’examen au volant d’une Peugeot 404. « Je me souviens que le jour du permis avait été épique car le moniteur avait fait refaire les freins la veille. L’inspecteur s’est cogné quelques fois au pare-brise ce jour-là ! » Ce qui fait sourire Francis aujourd’hui c’est les manœuvres : « On avait un créneau et un démarrage en côté à faire. Pour le créneau, le mono avait coincé une allumette dans le caoutchouc de la vitre arrière. » Il y a 5 ans, Francis a dû repasser son permis, après perdu ses points : « J’ai repris des cours de code, appris des choses, sur le balisage, la signalisation. ça a été très bénéfique. » À tel point que le retraité est plutôt favorable à une formation continue du permis de conduire, de même qu’à un examen médical : « Pour la moindre licence sportive il en faut un. Pour conduire, ça serait bon également. »

J.Sch.

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