Un animal peut-il se suicider? | Slate


On a vu 61 baleines s’échouer ensemble en Nouvelle Zélande, des canards et des chiens se noyer volontairement, des vaches se jeter du haut de falaises. Est-ce une manière de mettre fin à leurs jours?

Des baleines échouées sur la plage de Farewell Spit, en Nouvelle Zélande - REUTERS/Handout

- Des baleines échouées sur la plage de Farewell Spit, en Nouvelle Zélande - REUTERS/Handout -

Lundi 14 novembre, 61 baleines se sont échouées à Farewell Spit (Nouvelle Zélande). Mercredi 16, les autorités ont décidé d’euthanasier les 18 qui étaient toujours vivantes. On ne sait pas au juste ce qui pousse les baleines à s’échouer, mais selon une théorie, lorsqu’un individu malade se dirige vers la côte pour y mourir, les autres le suivent. Le suicide existerait-il dans le règne animal?

En quelque sorte. Les cas d’animaux au comportement autodestructeur sont légion. Outre les baleines qui s’échouent, on a vu des canards et des chiens se noyer volontairement, des vaches se jeter du haut de falaises ou encore des rats-taupes nus (tout comme certains insectes) quitter leur colonie avant de mourir lorsqu’ils étaient atteints d’une maladie contagieuse. On peut cependant difficilement établir un parallèle entre ces comportements et le suicide à proprement parler. Car le suicide implique un ensemble de capacités cognitives très complexes.

«Conscience de sa propre existence»

Il faut en effet avoir conscience de sa propre existence, être à même de se projeter dans l’avenir et comprendre qu’une action précise entraînera sa mort. Il semblerait que certains animaux aient une partie de ces capacités. Les dauphins, de nombreuses espèces de primates, les pies et les éléphantssont capables de reconnaître leur reflet dans un miroir, ce qui tend à indiquer une certaine conscience de soi. On sait par ailleurs que d’autres animaux savent faire semblant lorsqu’ils jouent, ce qui implique qu’ils peuvent imaginer des mondes différents de celui dans lequel ils évoluent. Pour autant, on ignore s’il existe des animaux capables d’associer ces différentes capacités pour en arriver à se suicider, comme c’est le cas chez l’homme.

D’après un article publié en 2010 par Edmund Ramsden, les scientifiques de l’époque victorienne se passionnaient tout particulièrement pour cette question. Les sociétés humaines cherchaient à trouver la preuve que les animaux éprouvaient des émotions proches des nôtres, et les cas de suicide chez les animaux venaient étayer cette théorie.

C’est ainsi qu’à partir de 1845, des articles sur ce thème se sont multipliés dans la presse. On a ainsi rapporté le cas d’un chien de race terre-neuve qui s’était, à plusieurs reprises, jeté à l’eau, restant immobile et «gardant obstinément la tête sous l’eau pendant quelques minutes». D’autres chiens se seraient noyés ou laissés mourir de faim après la disparition de leur maître.

Un cerf se serait jeté dans le vide pour ne pas être rattrapé par des chiens de chasse. Un canard se serait noyé après la mort de son partenaire. On pensait également que les scorpions se piquaient eux-mêmes s’ils se retrouvaient prisonniers des flammes. Les chercheurs se sont alors lancés dans un débat passionné, mais resté stérile, sur la question de savoir si ces comportements relevaient du suicide. (Sauf pour le cas des scorpions qui sont immunisés contre leur propre venin, ce qui règle la question.)

«Difficile de déterminer si on peut réellement parler de suicide»

Même quand les scientifiques peuvent expliquer le processus neurobiologique qui sous-tend le comportement autodestructeur d’un animal, il reste difficile de déterminer si on peut réellement parler de suicide. Le toxoplasma gondii est un parasite qui touche le cerveau des rongeurs et induit chez eux une attirance envers leur ennemi mortel, le chat. On serait dès lors tenté de conclure que ce type de «suicide» chez les rats n’a rien à voir avec les comportements observés chez l’homme. Mais certains éléments semblent indiquer que cette infection pourrait également jouer un rôle dans le suicide humain.

Dans le cadre d’une étude menée en 2009 sur des patients souffrant de troubles récurrents de l’humeur, les chercheurs de l’université du Maryland ont découvert que ceux qui présentaient de forts taux d’anticorps destinés à lutter contre le toxoplasma gondii étaient plus susceptibles d’avoir fait des tentatives de suicide. Précisons toutefois que cette étude reste préliminaire et qu’aucune relation de cause à effet n’a été clairement établie.

Quelle que soit la motivation qui y préside, l’autodestruction semble exister jusque dans les formes de vie les plus simples. Des algues unicellulaires lancent un processus de mort cellulaire programmée lorsqu’elles sont exposées à un stress qu’elles seraient pourtant tout à fait capables de surmonter. Des chercheurs ont récemment découvert que le «suicide» de certaines cellules favorisait la croissance des cellules survivantes. A l’instar des rats-taupes infectés ou des abeilles qui quittent la colonie pour éviter une épidémie, ces algues meurent pour le bien de la communauté.

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