Entre sexe et argent, la prostitution, un véritable fléau au Liban ! | Dossier Liban | L’Orient-Le Jour


Par Marlène FAKHOURY | 30/05/2011
Pour le commandant Élie Asmar, la prostitution est souvent liée à la toxicomanie.
Pour le commandant Élie Asmar, la prostitution est souvent liée à la toxicomanie.

Social C’est un fait, la prostitution est un fléau qui hante notre société. Et l’un des marchés les mieux organisés et les plus rentables…
Considérée par les experts comme la 3e après le commerce de la drogue et des armes, « l’industrie du sexe » a des conséquences dramatiques sur les personnes qui en sont victimes. Elle continue de se développer, malgré l’existence d’une législation libanaise répressive.
Vendre son corps devient une question de survie économique qui ne touche pas que les femmes. Hommes, enfants, adolescents, étudiants subissent les assauts de prédateurs locaux ou venus d’ailleurs. À l’heure des nouvelles technologies de communication, un autre marché commence à tisser sa toile minutieusement via Internet.

Il suffit d’arpenter les ruelles de la misère de Nabaa-Bourj Hammoud et de Sabra-Chatila et d’interroger des dizaines de prostituées, pour entrer de plain-pied dans l’univers de la prostitution. Elle se déploie d’abord sur un territoire, en apparence réduit á quelques mètres carrés, « le trottoir ».

C’est là que j’ai rencontré Nada, 32 ans, légèrement retardée mentale. Elle accepte de se confier, sous le couvert de l’anonymat.

Très jeune, sans études ni travail, démunie et sans logis, elle s’est retrouvée dans la rue et a sombré dans les affres de la prostitution. Elle a subi la faim, le froid, la solitude, le mépris et l’exploitation. « Échappée par miracle aux griffes de clients pervers et sadiques, je ne peux plus compter le nombre de rapports sexuels accompagnés de coups et de mauvais traitements. Une fois, un type ma étranglée », confie-t-elle. Écœurée mais obligée de continuer, elle ne sait pas comment sortir de cet engrenage. Elle ne voit pas d’issue : « Je me prostitue pour manger, pour un hébergement, un lit », déplore-t-elle.

« Il est très difficile de s’en sortir », intervient sa copine aux formes généreuses qui, « plus chanceuse », vend ses charmes dans sa voiture, son fils à ses côtés. Blotti tranquillement au fond de son siège, il est témoin de ses ébats.

Face à ce phénomène « d’errance » traditionnel de certains quartiers chauds, un racolage sur la voie publique tend de plus en plus à s’installer. Il s’étend principalement sur les autoroutes de Khaldé-Naamé et de Dbayé-Jbeil. Ainsi, la prostitution se déplace vers les périphéries de la capitale. Plus mobile, elle cherche cependant à être plus clandestine et plus discrète.

La mutation des lieux où s’exerce la prostitution ne fait que s’accélérer. Si bien qu’aujourd’hui, il existe autant de lieux de prostitution que de façons de se prostituer. Il convient mieux alors de parler « des prostitutions ». À chaque lieu, hôtel, studio, bar, boîte de nuit, cabaret, salon de massage, aire d’autoroute, voiture, correspond une réalité prostitutionnelle, avec ses propres tarifs, sa propre clientèle. D’un côté, se trouvent des femmes lancées à leur propre compte et qui « choisissent » d’exercer cette activité et, de l’autre, des femmes victimes du trafic d’être humains, contraintes de rendre des services sexuels au profit de réseaux mafia-proxénètes.

De jeunes migrantes piégées
Le Liban voit depuis des années l’arrivée massive de jeunes femmes migrantes de pays touchés par les bouleversements économiques et politiques planétaires ; principalement des pays d’Europe de l’Est, d’Afrique, d’Amérique latine, des Philippines, du Sri Lanka et de pays arabes, comme la Syrie, l’Égypte, le Maroc.
Bon nombre d’entre elles se font piéger et se laissent abuser par des offres d’individus leur promettant un emploi (infirmière, danseuse, barmaid…)
Entrée au Liban comme employée de maison, une jeune Africaine se voit contrainte par le responsable du bureau de recrutement à déserter l’appartement de son employeur pour se livrer à la prostitution. « J’étais censée rencontrer une dizaine de clients par jour, sinon j’étais battue et privée de nourriture », raconte-t-elle.
Ces femmes se retrouvent otages de trafiquants qui leur confisquent leurs passeports et elles subissent chantages, menaces et sévices. Elles se plient à l’une des formes les plus brutales de la domination de la femme par l’homme. Celle-ci y est atteinte dans sa dignité, son intimité physique et psychique.

Explosion du tourisme sexuel
Le beau temps, le soleil et la plage, la culture, les fêtes et les montagnes sont certes des facteurs d’attraction pour les touristes, mais force est de constater qu’une partie non négligeable de touristes choisissant le Liban comme destination première sont attirés par la vie nocturne beyrouthine, par un Liban plus « ouvert » que ses voisins arabes, où l’alcool coule « à flots », et où « les travailleurs du sexe » s’offrent à volonté. Les super night-clubs et bars de strip-tease poussent comme des champignons dans la région de Maameltein, ainsi que dans d’autres secteurs.
« Je procure aux clients de luxe, dès leur arrivée à l’aéroport, des albums de photos de jeunes filles. Il doit y en avoir pour tous les goûts », déclare Jihad, proxénète, qui emploie des Libanaises, des Syriennes et des Marocaines, particulièrement appréciées par les touristes arabes. « Je travaille dans le milieu depuis plusieurs années. » ajoute-t-il, fier de profiter de ses proies marchandes, et de s’enrichir sur leur dos.
« Ce métier rapporte énormément d’argent », affirme le commandant Élie Asmar, chef du bureau de la protection des mœurs (commissariat de Hobeiche). « La prostitution prospère en raison de la crise économique dans le pays; mais aussi parce que l’argent facile attire. Femmes et hommes se livrent à cette activité qui engendre de grands revenus rapides et "non imposables"», souligne-t-il.
À la question de savoir si la loi libanaise réprime la prostitution, le commandant explique que « la loi de 1931 est aujourd’hui la seule disponible : le texte ne correspond plus évidement à la réalité puisqu’il a pour objectif de réglementer les maisons closes, qui, durant la guerre, ont définitivement fermé leurs portes. Ainsi, la prostitution clandestine devient la norme, alors qu’elle est rigoureusement interdite par la loi ». En l’absence d’une législation adéquate, le rôle des autorités devient de plus en plus difficile.
Ce sont généralement les prostituées, maillon le plus faible de la profession, qui sont arrêtées en flagrant délit, ou après aveu. Les clients, eux, sont impunis. Quant aux souteneurs, le texte est clair : ils seront sanctionnés d’un emprisonnement de deux à 6 mois . Il est fréquent que le proxénète, impatient de récupérer « sa machine à sous » œuvre lui-même pour sa libération, en s’acquittant de la caution proposée.

Prostitution, drogue et trafic humain
« De plus en plus, la prostitution est liée à la toxicomanie : soit la drogue pour "oublier ", soit la prostitution pour se procurer l’argent nécessaire à la consommation. Des prises de sang systématiques effectuées lors des arrestations ont démontré que 35 % des prostituées s’adonnent à la drogue », assure le commandant Asmar.
Mais qu’en est-il du trafic humain ?
« Des réseaux mafieux bien organisés ont été récemment démantelés », explique-t-il, avant d’ajouter : « Il n’est pas rare qu’un mari proxénète prenne plusieurs épouses, ou plus exactement les achète à 500 dollars l’une, dans des pays voisins. Ramenées au Liban clandestinement, elles sont hébergées chez des " parentes ", en attendant le retour du mari, soi-disant appelé à l’étranger " pour des raisons professionnelles". À court d’argent et de ressources, et sous la pression des " bienfaitrices ", elles se trouvent dans l’obligation de vendre leurs charmes occasionnellement. Le mari "découvrant" l’activité sexuelle de sa femme la menace de scandale et de mauvais traitements. Sans papiers, l’étau se resserre. Elle tombe dans le piège de la prostitution. »
Ainsi, on ne peut penser de nos jours à la prostitution sans avoir à l’esprit « le trafic humain ». « Certes, il existe encore une prostitution volontaire et indépendante, mais la mondialisation a mené, avec le trafic des femmes et des enfants, à une criminalisation du commerce sexuel » précise le chef du bureau de la protection des mœurs. Un rapport de l’ONU a décrit le Liban comme l’une des destinations pour le trafic humain. En l’absence de textes clairs dans le code pénal réglementant ce genre de trafic, le Liban a urgemment besoin d’une législation stricte et précise tant au niveau de la prostitution que de la traite des humains.

Catégories : ACTUALITES | 4 Commentaires

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4 réflexions sur “Entre sexe et argent, la prostitution, un véritable fléau au Liban ! | Dossier Liban | L’Orient-Le Jour

  1. Pingback: How About We Listen to Sex Workers, For Once? : Sawt Al Niswa صوت النسوة

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  3. La prostitution est un vrai fléau; aussi bien pour les femmes qui sont prises dans ce pièges que pour leur famille (quel père au monde pourrait dormir tranquillement en sachant que sa famille se livre à ce métier horrible). Mais la faute incombe à tout le monde, tant que des hommes iront payer pour avoir du sexe, des femmes se retrouveront contraintes (par d’autres hommes) pour assouvir leurs besoins.

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